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Là où se cache le diable
Datte: 18/11/2022, Catégories: fh, collection, jalousie, confession, rencontre, Auteur: Volnay-a, Source: Revebebe
... Enfin, il y avait nos histoires. Issus de lignées ayant gardé depuis toujours les pieds dans la glaise et les mains dans le cambouis, mes parents étaient les premiers de leurs familles respectives à s’être hissés du premier au second barreau de l’échelle sociale. Anne était la fille d’un couple de très hauts fonctionnaires dont les aïeux, banquiers, intellectuels de haut vol ou grands marchands, perchaient depuis longtemps tout en haut de cette même échelle. J’en retirai l’impression diffuse, mais tenace, que, malgré nos idées politiques communes, elle et moi appartenions à deux mondes différents et peu faits pour s’entendre. En conséquence et malgré tout le plaisir que je tirais de nos rencontres, je restais sur une prudente réserve. Elle ne fit rien pour que j’y renonce. Je compris bientôt pourquoi. Un apprenti sociologue que je croisais occasionnellement commença d’éclairer ma lanterne. Je l’avais rencontré dans un de nos habituels bistrots où nous avions entamé une discussion à la fin de laquelle je n’étais certain que d’une chose : il connaissait Anne y compris au sens biblique du terme et manifestement, leur relation n’était pas terminée. En l’écoutant, je mesurais tout ce qui sépare la théorie sur l’amour libre de la réalité et qu’il est bien difficile de mettre sa vie en accord avec ses principes. J’y parvins cependant en me persuadant que la colère et la jalousie ressenties en l’écoutant étaient indignes du progressiste que je voulais être. Il n’y a rien de mieux ...
... que l’adhésion à une idéologie pour s’aveugler volontairement sur soi-même. Deux soirs après, j’eus une autre occasion de prouver mon attachement aux grands principes. Après une réunion consacrée aux questions rituelles(analyse de la situation politique, économique et sociale, puis – les châteaux étant exclus – construction de barricades en Espagne), Anne nous avait invités chez elle. Outre le sociologue et moi, il y avait Françoise, son compagnon et quatre ou cinq autres filles et garçons parmi lesquels Pascal. Ce long jeune homme pâle avait la parole rare et le sourire plus rare encore, mais ce soir-là, il se montra particulièrement enjoué. J’en compris la raison quand un peu avant minuit, Anne vint me dire à l’oreille que cette nuit je ne pourrai pas rester chez elle. Quelques instants après, Françoise donna le signal du départ. Toute l’assistance, moi compris, se leva et se dirigea vers la porte à l’exception de Pascal qui, resté assis dans un fauteuil, nous regardait partir avec aux lèvres un sourire que je jugeai sardonique. Dans l’escalier, le sociologue se demanda à haute voix si Pascal bénéficierait de ce qu’il appela « la totale », sur quoi tout le monde éclata d’un rire auquel je joignis le mien. Il était certes un peu forcé, mais il fit illusion. En effet, pendant que, réfugiés dans une brasserie, nous buvions un dernier verre et que le sociologue glosait sur les divers attachements qu’il prêtait à Anne(et dans lesquels, heureusement, il eut la délicatesse de ...