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Là où se cache le diable
Datte: 18/11/2022, Catégories: fh, collection, jalousie, confession, rencontre, Auteur: Volnay-a, Source: Revebebe
... ne pas m’inclure), Françoise me glissa qu’elle avait craint que je réagisse mal à ce qui venait de se passer. Je haussai les épaules. Comment avait-elle pu, lui dis-je, s’imaginer que je me conduirai comme un réactionnaire petit-bourgeois ? Anne était libre. Je respectais son indépendance comme elle respectait la mienne et tout était pour le mieux dans le meilleur des mondes révolutionnaires possible. Pourtant, j’étais plus touché que je ne voulais le paraître. Même si je me répétais que la libre disposition par chacun et chacune, de son corps et de ses désirs, était un principe avec lequel on ne pouvait transiger, j’avais du mal à digérer l’épisode Pascal. Aussi, comme je ne pouvais les empêcher, je réduisis autant que je le pus mes rencontres avec Anne. Tout en gardant avec elle les apparences de la camaraderie, je bornais mes conversations à des généralités de préférence politiques et j’évitais de me trouver seul avec elle. Tout cela dura trois ou quatre semaines, à la fin desquelles je crus qu’elle m’était devenue indifférente et que j’en avais fini avec cette histoire. C’est pourquoi, un soir, au lieu de m’esquiver rapidement, comme j’en avais pris l’habitude après les réunions auxquelles elle participait, j’acceptai de l’accompagner au cinéma pour un de ces films qu’il fallait avoir vus si on ne voulait pas passer pour le plus obtus des réactionnaires. Au début, fidèle à ma ligne de conduite, j’évitais soigneusement tout contact physique. Elle, de son côté, ne ...
... fit rien pour se rapprocher de moi. La salle étant presque pleine, nous dûmes nous rabattre sur deux fauteuils de la dernière rangée. Comme c’était encore l’usage, la séance commença par un documentaire très politiquement correct, mais heureusement assez court à la fin duquel la lumière se ralluma. Bien que les sièges soient assez étroits, Anne et moi ne nous étions pas effleurés. J’y vis la preuve qu’elle avait tiré un trait sur notre aventure et je me félicitai d’être resté sur la réserve. Le film commença. Il suait la prétention et l’ennui. Des dialogues abscons, des plans séquences interminables et une action dont le fil était plus qu’embrouillé eurent bientôt raison de ma patience. Je me penchai vers Anne et lui chuchotai qu’il fallait qu’elle m’excuse, mais que n’étant sans doute pas assez intelligent pour comprendre le génie du metteur en scène, j’allais la laisser regarder sans moi la fin de ce chef d’œuvre. Puis, sans attendre sa réponse, je me levai et je sortis. — Attends-moi ! Je tournais la tête, à son tour Anne sortait du cinéma. Je m’arrêtai. Elle me rattrapa en quelques pas. — Quel con ce mec ! Je lui demandais si cette épithète m’était destinée. Non, me répondit-elle, ce n’était pas à moi qu’elle pensait, mais au réalisateur et aussi à celui qui lui avait conseillé d’aller voir ce navet. — Et maintenant, conclut-elle, t’as plus qu’à me ramener rue de la Clef ! Tout en parlant, elle avait pris mon bras. Je choisis de faire comme si je trouvais ...