1. Là où se cache le diable


    Datte: 18/11/2022, Catégories: fh, collection, jalousie, confession, rencontre, Auteur: Volnay-a, Source: Revebebe

    ... auxquels il était d’autant moins question de déroger que, pour agréable qu’elle soit, Sophie Marceau n’a jamais été mon type de femme. Quant à la seconde, elle n’était qu’une connaissance parmi beaucoup d’autres. Quelqu’un avec qui échanger des considérations sur le cinéma japonais, la dégénérescence du marxisme dans sa version léniniste ou les derniers romans avant-gardistes sans que cela tire à conséquence
    
    Un soir de novembre, en sortant du cinéma où j’avais passé la fin de l’après-midi je croisai Anne et Françoise. Paris était plongé dans un brouillard glacial. Peu pressé de retrouver ma cellule de la rue Monge, je leur proposai d’aller dîner dans un restaurant grec que nous fréquentions régulièrement en raison de l’abondance de ses assiettes et de la modération de ses tarifs. Le repas fut joyeux. Négligeant pour une fois la politique, nous l’avions commencé en parlant cinéma. Mais, à mesure que nous vidions la bouteille qui accompagnait mezzés et brochettes, la conversation prit un tour auquel je ne m’attendais pas. En effet, nous n’abordions guère ces questions sauf pendant des débats très théoriques sur la meilleure façon de libérer l’humanité des carcans dans lesquels l’auraient enfermé le judéo-christianisme et son héritière, la morale bourgeoise. Commencée à propos de Tom Jones de Tony Richardson, que je venais de revoir pour la nième fois, elle glissa assez vite sur des sujets plus scabreux. Encouragé par l’alcool, j’avouais des lectures sans rapport proche ou ...
    ... lointain avec l’émancipation du prolétariat mondial et, de surcroît, écrites par des ennemis de classe, mais à forte teneur érotique. Non seulement mes interlocutrices ne s’en scandalisèrent pas, mais je compris vite qu’elles connaissaient cette branche de la littérature, aussi bien et peut-être mieux que moi.
    
    Le sujet était passionnant. Nous en parlâmes jusqu’à la fin du repas. En sortant du restaurant, Françoise nous quitta pour, dit-elle, aller rejoindre son ami. Le brouillard s’était épaissi et il faisait un froid de chien. Anne me demanda de la raccompagner. J’acceptai. Elle me prit le bras et après quelques pas elle me dit qu’elle attendait cette occasion depuis longtemps et qu’elle espérait bien que nous finirions la soirée ensemble. C’était la première fois qu’une femme me faisait une proposition aussi nette. J’en fus déstabilisé et je ne répondis pas immédiatement. Mon silence sembla inquiéter Anne :
    
    — Tu ne veux pas ? murmura-t-elle.
    — Bien sûr que si ! répondis-je, et ne trouvant rien d’intelligent à ajouter, je l’embrassai.
    
    Tout au long du chemin qui nous mena jusqu’à la rue de la Clef où elle habitait, ce baiser fut suivi par beaucoup d’autres. Outre ce que cette activité avait d’agréable, elle me permit d’éviter un entretien dans lequel j’étais à peu près certain de me montrer au mieux maladroit, ou, au pire, plus que balourd tant cette situation m’avait déconcerté. Jusque-là, mes aventures avaient toujours suivi le même antique schéma masculin qui ...
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