1. Boudu


    Datte: 09/10/2022, Catégories: Erotique, Auteur: Jane Does, Source: Xstory

    ... Revivre un second échec équivaudrait à mourir un peu plus.
    
    Le gars transpirait l’amour pour cette Josiane qui l’avait abandonné. Finalement nous n’étions pas si éloignés l’un de l’autre sur ce plan-là. Pierre aussi me hantait. Parfois, certaines nuits il me semblait même sentir son souffle courir sur ma nuque. Dans les craquements des parquets, dans les gémissements de la charpente de cette maison que nous avions bâtie ensemble, c’était lui qui chantait ? Et Daniel continuait son voyage au pays des souvenirs. Il devenait intarissable, revivant de ses longues mains des scènes dont il n’arrivait pas à se défaire. Je n’existais plus pour cet homme qui ressassait des moments d’une vie qui le torturait.
    
    Sans m’en apercevoir, il m’embarquait dans d’analogues flash-back et alors qu’il s’était tu depuis bien longtemps, je demeurais l’esprit dans le vague. Sa main était venue se poser sur mon épaule.
    
    — Eh ! Ça va ? On dirait que vous dormez tout éveillée. Vous êtes où ? S’il vous plait… Agnès ne me laissez pas tomber. Je vous demande pardon ! Jamais je n’aurais dû vous raconter ma misère morale. Ça vous a perturbé ?
    
    —… hein ? Euh, non ! Non, ça va aller. Moi aussi j’étais avec Pierre… comme vous avec votre Josiane.
    
    — Vous formiez un couple solide, on dirait !
    
    — Nous étions heureux, amoureux. Je le suis toujours, mais d’un fantôme malheureusement.
    
    À mon premier sursaut, sa patte qui frôlait mon épaule, comme pour me faire revenir à la réalité, s’était retirée ...
    ... sans heurt. La lueur dans son regard, était-elle pour mon retour sur terre ou pour cette femme qui l’avait laissé ? Le rayon dans le bleu de ses quinquets s’éteignait pour faire place à de la tristesse. Nous devions couper court à ce genre de manifestations spontanées de nos souvenirs, sous peine de nous faire mal à l’âme. Trop tard pour réagir ? Le plateau de fromages avec ses odeurs diverses sauvait du coup la situation.
    
    — Vous m’avez fichu une de ces trouilles ! J’ai cru que vous alliez vous évanouir. Vous étiez partie bien loin.
    
    —… vous m’avez rappelé des moments que je qualifierais de plaisants, mais aussi une absence qui me fait souffrir autant que vous. C’est difficile malgré toutes ces années. Pierre comptait tellement pour moi. La vie… c’est une saloperie.
    
    — Vous prêchez un converti ! Mais pour vous je conçois parfaitement que la douleur vous soit insupportable. Josiane, elle… n’avait pas vraiment de motif pour agir de la sorte. Elle aurait pu parler, me donner une explication. Mais là… rien de rien. Pas le moindre éclaircissement et c’est ceci qui me blesse par-dessus tout. Ne pas comprendre, ne pas savoir. Le vide que je ne peux combler… je me demande à chaque instant ce que j’ai mal fait avec elle. Ce que j’ai raté en fait, et c’est comme un poison qui me ronge de l’intérieur. Ça me bouffe et je n’arriverai jamais à remonter la pente.
    
    — Ne dites pas cela ! Il y a de belles choses encore à vivre… pour vous et pour moi sans doute.
    
    — Je n’en sais rien ! ...
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