1. Boudu


    Datte: 09/10/2022, Catégories: Erotique, Auteur: Jane Does, Source: Xstory

    La pluie fine et froide des semaines précédentes avait fait place à un gel qui perdurait depuis deux jours. Moins huit et la météo n’annonçait aucune amélioration dans l’immédiat. Je ne sortais plus que pour me rendre au supermarché et chez le boulanger. La vie continuait malgré tout. Décembre montrait son vrai visage et le givre recouvrait toute la campagne. Le maigre soleil d’hiver qui perçait difficilement la couche épaisse de nuages n’avait plus la force nécessaire pour décongeler la région.
    
    À trente-sept ans, veuve depuis mon trentième anniversaire, je vivais seule. Un peu excentrée du cœur du village, je m’étais lentement remise d’un accident de la circulation qui avait emporté mon Pierre. Lui, mon ainé de cinq ans était le directeur d’une succursale d’une grande banque et son départ brutal m’avait alors plongé dans un cataclysme personnel inimaginable. Une partie de moi qui m’était arrachée avec une sorte de violence que rien ne pouvait justifier. Une plaque de verglas, le même qui se renforçait là, en cette même saison. Noël profilait ses fêtes qui me laissaient bien indifférente depuis ce moment-là.
    
    Alors ce lundi matin après être passé acheter mon pain, je voulais quelques fleurs pour déposer au «jardin des souvenirs ». Il m’arrivait souvent de venir parler à Pierre, comme ça, sans raison, juste pour lui dire combien il me manquait. Certaines blessures, si elles cicatrisaient, restaient pourtant gravées dans les cœurs et les mémoires. Et à la sortie du ...
    ... cimetière, j’avais remarqué la présence d’une sorte de tente de fortune. De nos jours de plus en plus de pauvres gens étaient sans abris. D’entre les pans de tissu entrouverts, deux quinquets d’un bleu étrange m’avaient suivi sans que j’y prête attention.
    
    Une tête barbue, ressemblante à celles de ces milliers d’anonymes qui de plus en plus erraient aux abords des villes et des villages, à tel point que plus personne ne faisait attention. Et je devais avouer que moi la première, je n’avais pas cillé devant cette misère. Bien à l’aise dans ma maison chauffée, bien nourrie aussi grâce à la prévoyance d’un mari qui avait su me prémunir par une rente mensuelle substantielle. Je ne me préoccupais pas vraiment de ce pauvre hère. Un coup de blues le soir, devant mon poste de télévision en voyant que la température allait encore perdre cinq ou six degrés, m’amenait pourtant à y réfléchir.
    
    Et alors que la présentatrice nous parlait du froid, elle ajoutait que beaucoup de « sans-abri » devraient faire l’objet d’une mise en sécurité dans des foyers. Pourquoi l’image donc de ces yeux bleus aperçus le matin même m’étaient-ils revenus comme un boomerang ? Je me sentais d’un coup très bizarre. Cet homme, le froid, la rue, le gel, je ne percevais plus qu’un immense trouble et une sorte de peur irraisonnée. Quand avais-je pris la décision d’aller roder en voiture du côté du cimetière ? Aucune importance, seule comptait qu’elle soit prise. Et la tente, gîte bien précaire face à cette froidure et ...
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