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Boudu
Datte: 09/10/2022, Catégories: Erotique, Auteur: Jane Does, Source: Xstory
... ce gel qui engluait tout avait disparu. J’allais rentrer chez moi, un gout amer au fond de la gorge, en traversant les rues désertes du cœur du village. C’était là, sous le porche de l’église, que j’avais retrouvé le bonhomme. Le voir était une chose. Aller l’aborder en était une tout autre. N’écoutant que mon bon cœur, je m’étais approchée de son mur de toile. Sans doute avait-il l’ouïe assez fine et savait-il que quelqu’un rodait autour de son bien triste territoire ? La fermeture éclair avait lentement glissé sur ses rails. Le visage de l’homme sans âge en retrait à l’intérieur guettait mes moindres faits et gestes. Comment expliquer ce qui se passait alors ? Je ne savais pas ou plus quoi lui dire. J’étais pétrifiée, debout à trois ou quatre mètres du maigre asile. Je bredouillais alors un bonsoir qui n’obtenait pas de réponse. — Bonsoir… —… — Vous devez être transi de froid. Il fait moins dix et ça va descendre encore dans la nuit. La météo annonce une longue période de gel. Les yeux écarquillés, le type devait se demander ce que je fichais là. Il ne répondait toujours pas et du coup, c’était moi qui étais la plus gênée. — Vous ne voulez pas venir manger une bonne soupe à la maison ? Une nuit bien au chaud, de quoi vous éviter de mourir de froid. Monsieur… vous comprenez ce que je vous dis ? — Madame… ne criez pas, s’il vous plait. Ça me soulageait de savoir qu’il m’écoutait. Il venait d’ouvrir sa maison de toile et il se redressait. Enfin il ...
... me faisait face et il devait avoir une taille équivalente à la mienne. Un immonde bonnet camouflait ses cheveux longs. Sa barbe n’avait sans doute pas vu de rasoir depuis un long moment. — Vous… qui êtes-vous, madame ? — Je vous ai croisé ce matin près du mur du cimetière… — Ah oui ! Je vous remets. Mais pourquoi venez-vous me parler ? Personne ne me parle plus depuis si longtemps. — J’ai vu la météo et il va faire très, très froid. — Vous voulez vous donner bonne conscience ? Je n’existe plus aux yeux du monde. Moi et tous ceux qui n’ont plus la chance d’avoir un toit… je peux vous dire que ça en fait du monde. —… Vous ne voulez pas me suivre ? Je vous hébergerais pour tout le temps que vous voudrez… — Et mes affaires ? Si je les abandonne ici, on va me dépouiller. Mon monde est impitoyable. Les pauvres se battent souvent pour un bout de trottoir, une bouche de métro, un quignon de pain… c’est aussi la dure loi de la rue. — Vous pouvez tout mettre dans le coffre de mon véhicule. Nous entreposerons cela dans le garage de ma maison. —… ? Vous n’avez pas peur du clochard que je suis ? — Je suppose que sous les habits, il y a surtout un homme que la vie n’a pas épargné. — Vous parlez comme les bouquins, vous ! — Venez ! Je vais amener ma voiture ici et nous prendrons en charge vos affaires. — Vous êtes bien certaine de vouloir faire ça ? — Je ne serais pas là si ce n’était pas le cas, ne comprenez-vous pas ? Vite, car je n’ai pas votre ...