1. Boudu


    Datte: 09/10/2022, Catégories: Erotique, Auteur: Jane Does, Source: Xstory

    ... un vrai repas. Et dans la chaleur d’une maison comme la vôtre… Mais je peux vous poser une question bête ?
    
    — On ne le demeure que le temps d’avoir une réponse, voyez-vous !
    
    — Oui… oui bien sûr. Pourquoi moi ? Pourquoi êtes-vous revenue me sortir du gel et du froid ?
    
    — Je n’ai aucune réponse à vous donner. La solitude me pèse aussi.
    
    — Mais vous avez tout pour être heureuse… une belle baraque, de quoi manger chaud tous les repas. Alors, pourquoi vous embarrasser avec un déchet tel que moi ? J’ai du mal de saisir !
    
    — Sans doute qu’il n’y a rien à comprendre, Daniel. Et j’ai écouté la météo à la télévision. La présentatrice a annoncé un froid glacial pour les prochaines nuits… Vous n’allez jamais dans les abris ?
    
    — On voit que vous n’y avez jamais mis un pied. Plus on s’enfonce dans la misère et plus on est méchant les uns envers les autres. Non ! Même pour un bol de soupe chaude, je n’irai plus… ce sont des nids de vipères. Il arrive que l’on se batte pour un mégot… alors non, très peu pour moi !
    
    — Vous fumez ?
    
    — Non ! Il y a longtemps que c’est au-dessus de mes moyens. Je ne fais pas l’aumône non plus. Tendre la main, c’est comme prendre une gifle à chaque pièce que les riches nous offrent.
    
    Plus j’écoutais ce type et moins je comprenais ce qu’il fichait dans la rue. À ma demande, il venait de prendre la dernière part de rôti. Il mangeait avec une sorte de jouissance dans les yeux.
    
    — C’est vachement bon ! Vous savez cuisiner, Agnès. Vous savez, j’ai ...
    ... eu moi aussi une belle maison, une belle voiture, un bon job. Et j’étais marié. Mais un beau matin, elle est partie et je n’ai pas supporté. Je ne suis plus allé bosser, elle me manquait trop. Ensuite, je n’ai plus réussi à payer mes factures. Un jour plus d’électricité, le mois suivant plus de flotte. Et le cercle vicieux… les huissiers, plus de bagnoles, plus d’appartement. Mais ce n’est que matériel. La vraie blessure, c’est le manque de ma femme. Josiane… c’était son prénom. Nous ne nous sommes jamais revus. Dix ans déjà qu’elle m’a quitté… et six que je suis clochard.
    
    —… Mais il existe des tas de femmes sur cette terre. Aucune ne vous a jamais tentée ?
    
    — Non ! Josiane… elle est là, accrochée, tatouée dans ma peau, comme si elle et moi ne formions qu’un seul être. Sans elle la vie ne vaut pas d’être vécue totalement. Mais vous… depuis le décès de votre mari… Pierre c’est bien cela ? C’est si frais que vous n’avez pas encore fait votre deuil ?
    
    — Lui aussi me manquera toujours. Et j’ai bien essayé une fois… Un véritable fiasco, il était là, entre le monsieur et moi. Vous imaginez… chacun des baisers de l’autre, c’était un rappel des siens. J’analysais tout ce que nous faisions et je comparais. Un enfer qui ne m’a pas permis de vivre pleinement l’instant présent. Le flop ne pouvait qu’être retentissant, bien sûr !
    
    — Pour moi le problème ne se pose pas. Dans la rue tous se méfient de tout. Et ça ne facilite pas les contacts entre les gens. Mais c’est mieux ainsi. ...
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