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À la vie, à l'amour, à la mort
Datte: 08/03/2022, Catégories: fh, jeunes, amour, cérébral, revede, odeurs, pénétratio, prememois, Auteur: Onyx31, Source: Revebebe
... aux pois cassés ! Tout le monde rit de bon cœur. Rire est aujourd’hui aussi vital que boire et manger. C’est ce qui nous fait rester encore un peu humains, ce qui nous empêche de n’être que des corps affamés uniquement à la recherche de nourriture, histoire de survivre un jour de plus. — Amar, tu n’es pas au front ? me demande Andrej. Quel âge as-tu ? — J’ai dix-huit ans depuis un mois, m’sieur, répondis-je. J’irais quand on me le demandera. — J’espère qu’ils n’auront pas besoin de toi, là-bas. Personne ne devrait vivre ça, surtout pas les jeunes. — Andrej, arrête de l’embêter avec ça, lui rétorque sa femme. Tu sais bien qu’ici je ne veux pas qu’on parle de ce qui se passe dehors. — Dix-huit ans, et tu as eu quoi comme cadeau ? me demande Azra, comme voulant détourner la conversation. — J’ai eu une barre de chocolat au lait. Ma mère l’a échangée à un soldat de le FORPRONU(NDLA : les casques bleus qui assuraient les convois humanitaires dont dépendait la survie de la population). — Moi, maman m’a donné la bague de grand-mère, dit-elle en me fixant du regard. C’est tout ce qui reste de notre famille. Quand toute cette merde sera finie, je veux me marier et je la donnerai un jour à ma fille ainée pour qu’elle se souvienne d’où elle vient et ce qu’on a vécu. — Azra, pas de gros mots ici, intervient sa mère. — Et moi, j’aurais quoi à mes dix-huit ans ? demande Mirsad. — T’as le temps, mon grand, on verra bien. Allez, mangez avant qu’elle ne refroidisse, dit ...
... Ajla. Ce repas est fabuleux, non pas par son menu, mais par l’espoir et cet inébranlable désir de vivre qu’il distille. Durant ces quelques minutes, toutes les souffrances, la faim, les peurs et problèmes quotidiens sont oubliés. Il n’y a plus que des gens heureux d’être ensembles à partager ce moment. Une énorme secousse ébranle tout l’abri. L’unique ampoule servant d’éclairage s’éteint. C’est le noir complet. Seuls les pleurs et les cris de petits enfants au loin troublent le silence. Suit une autre déflagration, plus puissante. — Merde, jure Andrej. Ça se rapproche, ce n’est plus des tirs de mortiers, ça, mais l’artillerie lourde pour détruire les abris. — Azra, la bougie, crie Ajla dont la voix trahit la peur. J’entends bouger, puis une allumette craquer et une flamme vacillante éclaire d’un pâle halo la jeune fille. — Venez sur les matelas, dit Andrej. Tout le monde se lève, les filles prennent des couvertures et nous nous installons les uns contre les autres. Ajla se blottit contre Andrej, Mirsad se colle à sa mère et Azra vient contre moi. À chaque impact d’obus, nous nous arrêtons de respirer. Il n’y a rien à faire, uniquement attendre et espérer. Azra prend ma main et la serre à m’en faire exploser les jointures. C’est alors que Mirsad se lève et va farfouiller sous un tas de chiffons. Il en extrait une flûte en plastique blanc et se met à jouer la neuvième symphonie de Beethoven, l’hymne européen. Les larmes coulent sur son ...