1. À la vie, à l'amour, à la mort


    Datte: 08/03/2022, Catégories: fh, jeunes, amour, cérébral, revede, odeurs, pénétratio, prememois, Auteur: Onyx31, Source: Revebebe

    ... là, dit-il rassuré. J’ai entendu les tirs et j’ai eu très peur pour toi.
    — Ça va, je n’ai rien, dit-elle en l’embrassant. Je te présente Amar, il vient de Grbavica.
    — Amar, voici Andrej, mon mari.
    — Enchanté, dis-je en lui tendant la main.
    — Hé-bé, dit-il, en me serrant la main. De Grbavica, c’est que tu dois être couillu alors !
    — C’est exactement ce que lui a dit Emina tout à l’heure, répond-elle en riant.
    — Écoute, petit, me dit Andrej. Ce soir, tu es notre invité. Tu ne peux pas rentrer maintenant, tant que ces enfoirés continuent de nous canarder.
    
    Je tends l’oreille. Effectivement, les déflagrations persistent. Il faut dire qu’avec le temps, je n’y fais plus vraiment attention. Mais il a raison, c’est trop dangereux de sortir.
    
    — Tu t’angoisses pour ta mère qui doit t’attendre, me dit Ajla. Je sais ce que c’est, moi aussi je suis morte d’inquiétude quand mes enfants ne sont pas là. Dis-toi que demain sera le plus beau jour de sa vie, quand elle te verra rentrer sain et sauf.
    
    Je sais qu’elle a raison, mais peu importe, je ne peux m’empêcher de penser à elle et à la nuit atroce qu’elle va passer à se morfondre, morte d’inquiétude pour moi.
    
    — Pimpon Pimpon Pimpon, chaud devant ! crie un petit garçon en courant autour de la table.
    — Mirsad, attention, dit Ajla.
    
    Entré comme une furie dans la pièce, il s’arrête net devant moi.
    
    — T’es qui toi ?
    — Amar.
    — Moi c’est Mirsad, et quand je serais grand je serais pompier comme papa pour éteindre tous les ...
    ... immeubles qui brûlent.
    — J’espère bien que quand tu seras grand, tout sera fini, lui rétorque Andrej.
    
    Juste à ce moment, telle une Vénus, illuminant la pièce de sa blonde chevelure, une déesse entre en tenant dans ses mains une marmite fumante.
    
    — Le repas est prêt, dit-elle d’une voix enjouée.
    — Amar, je te présente ma fille, Azra.
    — Azra, voici Amar qui vient de Grbavica et qui restera avec nous ce soir.
    — Mirsad, va chercher une autre assiette à côté, vite, file.
    
    Elle pose la marmite sur la table et vient me serrer la main. Je m’exécute, mais je suis déjà noyé dans l’immensité de ses yeux bleus.
    
    C’est Ajla qui me sauve de mon mutisme.
    
    — À table tout le monde, dit-elle. Laisse-moi deviner le menu Azra…
    — Hummm, pas facile… je dirais… de la soupe ?
    — Bravo, s’écria sa fille. Et avec quoi ?
    — Du pain, comme hier et avant-hier !
    — Félicitations, maman, t’es la plus forte.
    — Installe-toi à côté de moi, me dit Andrej. C’est leur petit jeu et Ajla gagne à tous les coups. Faut dire que chaque jour c’est la même chose, de la soupe au pois chiche avec du pain. Mais au moins on mange.
    
    Toute la famille prend place autour de la table. Les assiettes sont vite installées et Ajla les remplit.
    
    — Et chez toi Amar, c’est quoi le menu ? me demande Azra.
    
    Je me tourne vers elle pour la regarder. Elle est magnifique, une oasis de beauté dans ce désert de ruines et de laideur qu’est devenu notre ville.
    
    — Euh… pareil, réponds-je en bafouillant, mais parfois elle est ...
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