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À la vie, à l'amour, à la mort
Datte: 08/03/2022, Catégories: fh, jeunes, amour, cérébral, revede, odeurs, pénétratio, prememois, Auteur: Onyx31, Source: Revebebe
... l’enfer sur Terre. Je me lève et serre ma mère dans mes bras. Elle ne pleure pas, non pas qu’elle n’en ait pas envie, mais nous avons tellement versé de larmes que nous devons être à sec pour les cinquante prochaines années. Ici chacun a son rôle. Le mien est d’aller chercher de l’eau car cela fait belle lurette que les robinets sont à sec. Les Serbes ont tout coupé dès le début du siège. Les nôtres font ce qu’ils peuvent pour rétablir l’eau et l’électricité en quelques points de la ville, mais c’est un exercice périlleux, une sorte de jeu macabre du chat et de la souris. Au moindre attroupement, l’artillerie serbe nous pilonne et détruit tout. Nous essayons donc d’être plus malins, mais c’est sans compter sur les snipers. Ils sont là, redoutables, infiltrés partout. Rien ne leur échappe et leurs balles sont telles la faucheuse, invisibles, semant la mort à tout-va. Ils tirent sur tout ce qui bouge, femmes, enfants, et même les chiens, enfin, tant qu’il y en avait encore, avant qu’ils n’aient tous finis dans nos assiettes. Quitter les décombres de notre immeuble me terrifie, mais je n’ai pas le choix. C’est au crépuscule ou à l’aube que nous avons les meilleures chances de succès pour échapper à leur vigilance. J’ai bricolé une brouette pour transporter solidement deux jerricans de vingt litres. Je sais, c’est dérisoire, mais c’est le meilleur système que j’ai trouvé. De toute façon, il est rarissime de pouvoir les remplir, car dehors, pour survivre, tu n’as ...
... pas le choix. Courir en zigzaguant et surtout avoir de la chance. Un dernier regard à ma mère et c’est parti. Je fais abstraction de tout, surtout des balles qui sifflent à mes oreilles. Regarder où je mets les pieds, ne penser à rien, juste courir en évitant de tomber, sinon c’est la mort assurée. Dix minutes d’une course effrénée et me voici arrivé au premier point de ravitaillement. Une citerne reliée à la gouttière d’une maison dont un morceau de toit est miraculeusement intact. Chiotte, elle est presque vide. Je trouve juste de quoi remplir la moitié d’un de mes jerricans. Ce n’est pas assez. De l’eau, c’est sûr que j’en trouverai à l’ancien puits que les hommes ont réhabilité la semaine dernière. Mais c’est loin et, surtout, de l’autre côté de la Miljacka. Cela signifie traverser la rivière par un pont et ça, c’est ce qu’il y a de plus dangereux. Mais hier je n’ai pas pu sortir et nos réserves sont à sec. Je n’ai pas le choix, je dois y aller, car là-bas ils comptent sur moi. Mes mains tremblent, c’est toujours comme ça quand j’ai peur. Dans ces cas-là, je pense à mon père et à tous les hommes qui sont quelque part dans les tranchées disséminées dans les bois aux alentours. Leur sacrifice est essentiel, ils sont notre dernier rempart pour empêcher les Serbes d’entrer en ville. J’aimerais tellement qu’il soit fier de moi. Je serre les poignées de ma brouette et repars. Courir, respirer, ne penser à rien. À force de sortir, je connais la ville ...