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À la vie, à l'amour, à la mort
Datte: 08/03/2022, Catégories: fh, jeunes, amour, cérébral, revede, odeurs, pénétratio, prememois, Auteur: Onyx31, Source: Revebebe
Prologue Sarajevo, ville étonnante, une de mes capitales européenne préférées dans laquelle j’ai séjourné de nombreuses fois. Elle a ce parfum inimitable et la richesse des cités multi civilisationnelles. Lors de mon premier passage j’ai été profondément marqué par le devoir de mémoire vis-à-vis de la guerre des Balkans. Non pas une commémoration confinée dans des musées ou des mémoriaux, non, mais une présence vivante à chaque coin de rue, que ce soient les impacts de balles sur les façades des immeubles, les « roses de Sarajevo » immortalisant les impacts d’obus sur les trottoirs ou ces cimetières improvisés au détour d’un square, égrenant les noms des victimes. Impossible d’y échapper et de ne pas essayer de comprendre. Je me suis alors plongé dans cette histoire si récente et pourtant si méconnue. Je connaissais la guerre et ses atrocités, évidement, mais là, allez savoir pourquoi, la barbarie de l’épuration ethnique prenait corps devant moi. Ce n’était plus seulement des mots dans des livres mais des tranches de vie humaine brisées à tout jamais. Le choc fut d’autant plus violant que cela se passait en Europe, à deux heures de vol de chez moi, alors qu’à cette époque, fraîchement diplômé, je parcourais le monde insouciamment au guidon de ma moto. NDLA : le texte suivant n’est que pure fiction. Certaines scènes sont violentes et pourraient choquer la sensibilité de certains. ***** 3 septembre 1993 - 18 h 15 Le siège de la ville dure depuis plus ...
... d’un an. Une éternité. Le contact d’une main sur ma joue m’éveille en sursaut. Rien d’inhabituel, en fait. Depuis le début de cette guerre, je ne me rappelle plus avoir fait une nuit complète et sereine. Dormir est un luxe dont personne ne dispose ici. Je dirais plutôt que nous somnolons quand nous le pouvons ou quand nous sommes trop épuisés. Hier, la BBC disait qu’il tombait en moyenne 320 obus par jour, soit presque treize toutes les heures, un toutes les cinq minutes. Oui, j’ai toujours été bon en math, enfin, ça c’était avant, quand j’allais au lycée. Comment dormir dans ces conditions-là ? Nous vivons dans la peur permanente, avec un seul objectif : survivre. J’ouvre les yeux et je vois ma mère au-dessus de moi, avec son regard bienveillant. Elle n’a pas besoin de parler, j’ai compris : c’est l’heure et il me faut y aller. J’ai peur, comme à chaque fois. À tous ceux qui ne connaissent pas Sarajevo, je dirais que c’est une ville magnifique. Il doit en exister de plus belles, comme New York ou Paris, mais, en fait, je n’en sais rien, je n’ai jamais voyagé. La cité est dans une cuvette entourée de collines. Je me rappelle qu’étant petit, nous partions chaque dimanche en famille pour piqueniquer sur les hauteurs. C’était les jours heureux, d’autant que je me rappelle, mais c’était avant, il y a si longtemps, avant que l’artillerie serbe n’encercle la ville depuis les crêtes et ne déverse sur nous son déluge de feu. Parce qu’aujourd’hui, Sarajevo, c’est ...