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Atelier d'artisanat - 4
Datte: 02/08/2021, Catégories: mélo, Auteur: Passerose, Source: Revebebe
... divorce. Aussi m’étais-je condamné à cette vie monacale. Comment aurais-je pu me présenter devant Sylvie et lui rappeler des propos arrachés à sa colère ce jour maudit où nous avions confondus nos époux adultères. À quoi bon nous rencontrer pour geindre, pour remuer des souvenirs, pour voir et revoir les photos des jours heureux disparus, pour nous raconter des histoires d’anciens combattants de l’amour. Celui qui n’avait pas su garder sa délicate Rose ne pouvait pas sainement envisager de conserver cette fleur éclatante. Tenter ma chance ne pouvait aboutir qu’à un résultat humiliant et désastreux. Je la connaissais assez mal. J’avais beaucoup de mal à comprendre les infidélités de son mari. Quelle femme, quel caractère cachait ce corps si bien proportionné. Ce visage magnifique dissimulait-il une mégère redoutable ? Ou bien était-ce une prude frigide ? A cette dernière question j’avais reçu un démenti absolu la fois où nous observions ensemble Rose et Gilles : j’avais dû arrêter sa main ! Fort probablement tenait-elle les mêmes raisonnements à propos de moi, si toutefois je ne lui étais pas complètement indifférent. J’avais été un auxiliaire précieux pour la confection de son dossier de divorce, point barre ! Et ce matin, je me réveillais à côté de la belle endormie. Tout avait été si simple, si naturel, si normal, si rapide. Questionnements, hésitations, craintes et tremblements n’étaient que foutaise. La vie avait pris le dessus. Sous le drap léger j’étais ...
... allongé contre une créature splendide, qui dormait apaisée et confiante. Des raies du timide soleil de décembre venaient effleurer le visage abandonné au sommeil, toujours aussi fascinant. Non, je ne rêvais pas. Le miracle existe puisque j’en vivais un. J’en vécus un plus grand encore lorsqu’elle ouvrit les yeux et parut heureuse de me voir. Combien de temps sommes nous restés ainsi, immobiles, incrédules, souriant béatement avant de vérifier du bout des doigts que nous étions bien réels ? Et plus les doigts nous rassuraient, plus nos yeux brillaient. Plus je m’assurais de sa présence réelle, plus elle découvrait la réalité de la mienne plus son regard me disait son bonheur. — O temps suspends ton vol et vous, heures propices, suspendez votre cours Laissez-nous savourer les délices des plus beaux de nos jours » À défaut du lac de Lamartine, je me noyais dans l’eau claire de ses yeux pleins d’amour. Elle découvrait dans les miens toute mon admiration, ma confiance retrouvée et ma reconnaissance. Depuis longtemps j’avais oublié la douce chanson, mais en même temps qu’elle je déclarais spontanément, comme elle : — Je t’aime Pourquoi avoir tronqué la citation de Lamartine. J’ai commis un lapsus révélateur en oubliant un mot : — Laissez-nous savourer les RAPIDES délices des plus beaux de nos jours Je souhaitais que cet état durât et j’avais par inadvertance rejeté « rapides ». Rapide avait été mon mariage avec Rose. Et rose elle avait vécu ce que vivent les roses, ...