1. L’évènement : De charybde en Chti là !


    Datte: 05/05/2026, Catégories: fh, fffh, Auteur: Claude Pessac, Source: Revebebe

    ... chaque opération, chaque greffe, et ce, jusqu’au jour où Lina avait dit «Stop, ça suffit, plus de greffe, je rentre chez moi ! Je ferai avec ! ». Alors, avec un petit soutien financier de leurs familles respectives et des petits boulots, les deux étudiantes s’étaient trouvé une coloc et avaient repris la fac. Elles avaient travaillé d’arrache-pied pour finir brillamment leurs cursus. Les deux filles ne s’étaient plus quittées.
    
    — Tu comprends pourquoi Elaïa et moi, c’est à la vie, à la mort, avait conclu Lina à la fin de son récit.
    
    Quand peu de temps après, Lina m’avait demandé– éventuellement, je ne veux pas t’obliger –, si j’acceptais de louer l’autre moitié de la maison à son amie, je m’étais fâché tout rouge :
    
    — Ah non, pas question ! Non mais tu m’as vu ! LOUER la maison jumelée ? À Elaïa ? ÀWonderElaïa ? Ah non, GRATOS, pas de loyer : elle emménage quand elle veut, GRA-TOS ! À perpète ! C’est le moins que je puisse faire non ? Je lui dois tout… puisque je lui dois… TOI !
    
    Oui, la vie était belle !
    
    Jusqu’à l’évènement.
    
    Il n’y a que moi pour nommerça de cette façon. Les autres, tous les autres, parlent de l’accident. Pas moi, je n’y arrive pas. L’évènement. Trop de questions, d’interrogations qui me hantent, d’incompréhensions, m’empêchent de vivre pleinement. D’aimer pleinement ma vie.
    
    Dans un premier temps, j’ai perdu tout souvenir de ce moment. Le traumatisme. Lorsque les gendarmes sont arrivés, que l’un d’eux s’est avancé vers moi, l’adrénaline ...
    ... qui me maintenait debout jusque-là, l’adrénaline s’est dissipée d’un coup. Je suis tombé. Dans les pommes. À la renverse. La tête dans l’accotement herbeux. Pas de bol, alors qu’il n’y a déjà pratiquement plus de bornes kilométriques le long de nos routes, il a fallu que je tape direct sur un des derniers pavés hectométriques de cette départementale. Évanouissement, traumatisme crânien. Sédation profonde.
    
    Au lendemain de mon réveil, le gendarme Maroud est venu m’interroger mais je n’ai été capable de répondre à aucune de ses questions. Le trou noir, l’absence totale. Il a bien essayé de réveiller mes souvenirs, mais rien n’y a fait : quelques petites secondes de ma vie avaient disparu. Un tout petit trou dans le film de ma vie mais qui m’a paru être un abîme sans fond, comme si on m’avait amputé d’une partie de mon cerveau.
    
    — Il a surgi en courant de la forêt pour traverser juste devant vous ? Ou bien, était-il planté sur la route ? Immobile ? Est-ce qu’il vous a menacé ?
    
    Qui, quoi ? Menacé ? Pourquoi menacé ? Je n’avais aucune réponse à lui donner et les hypothèses qu’il échafaudait ne faisaient que m’égarer davantage.
    
    Bienveillant le gendarme ! Prêt à trouver les raisons qui me dédouaneraient de toutes responsabilités ? Je crois bien que ma récente célébrité, ma médaille du courage et du dévouement m’a aidé dans cette affaire : je n’ai même pas été poursuivi pour non-maîtrise de mon véhicule. J’avais freiné, les traces sur la route en attestaient, le camion avait ...
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