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Périple en GR
Datte: 31/12/2025, Catégories: #ruralité, #rencontre, #personnages, #adultère, Auteur: Delectatio, Source: Revebebe
... rustique, imprévu, profondément vivant. Et dans le coffre, son sac de randonnée a trouvé sa dernière destination. Les premières semaines sont un mélange déroutant d’émerveillement, d’épuisement et de doutes. Fred découvre un quotidien sans pause, sans confort, sans rituels rassurants. Finis les petits-déjeuners pris assis avec un journal. Ici, la journée commence au chant du coq et aux bêlements impatients. Il se traîne dans la cour, encore mal réveillé, enfile ses bottes à l’envers, s’emmêle dans les barrières, glisse dans la boue. Jeanne l’observe en coin, goguenarde, mais ne le ménage pas. — C’est pas un club de vacances, ici, le prévient-elle après qu’il ait fait tomber un seau de grains. Tu voulais du vrai, eh ben t’y es. Les muscles de Fred hurlent. Ses genoux grincent, ses bras flanchent. Il dort comme un mort chaque nuit, mais se lève fourbu, les doigts engourdis. Et pourtant, chaque matin, il recommence, parce que chaque soir, il y a « elle ». Pas de grandes démonstrations, Jeanne reste fidèle à elle-même : pas de « je t’aime » ni de regards langoureux. Mais des gestes ordinaires : un plat de ragoût fumant qu’elle pose sans un mot, un pull qu’elle lui jette en ...
... disant « Tu vas attraper la crève », une main qu’elle laisse traîner sur sa nuque quand ils passent devant le poêle. Et parfois, la nuit, leurs corps se cherchent. Pas toujours avec aisance. Parfois maladroits, lents, mais avec cette tendresse si rare, celle qui vient de deux êtres qui n’ont plus rien à prouver, juste quelque chose à partager. Un matin, alors qu’il peine à ouvrir la porte de l’enclos, il craque : — Comment fais-tu, Jeanne ? T’as mon âge, et tu tiens debout comme si t’en avais vingt de moins… Elle hausse les épaules, lui tend la barrière à refermer : — J’ai jamais arrêté. J’ai pas eu le choix. Toi, t’as été assis toute ta vie derrière un bureau. Moi, j’ai vécu dehors. J’suis pas plus forte. Juste plus usée d’un autre bois. Il la regarde, admiratif. Il se sent petit, mais pas honteux. Il apprend. Il tombe. Il recommence. Et le soir, quand ils s’allongent dans le lit étroit, il sent que quelque chose a changé. Il n’est plus un invité. Il fait partie de la maison. De la ferme. De cette femme rude et belle qui, sans le dire, l’a laissé entrer dans son monde et dans son corps. Il n’est pas sûr de tenir l’hiver, mais il est certain de vouloir essayer.