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Périple en GR
Datte: 31/12/2025, Catégories: #ruralité, #rencontre, #personnages, #adultère, Auteur: Delectatio, Source: Revebebe
... faiblesse. Et cette femme inconnue, qui ne lui doit rien, mais qui l’accueille quand même. — Moi, c’est Jeanne, dit-elle enfin. Et vous ? — Fred. Ils se regardent un instant en silence. Puis Jeanne hoche la tête et murmure, un brin amusée : — Vous n’êtes pas le premier à venir vous perdre ici. Mais, au moins, vous avez eu la décence de ne pas mourir dans ma grange. Fred rit faiblement, un peu honteux. Mais, ce soir, il se sent vivant, il n’est plus seul. Et, dans cette vieille maison oubliée du monde, un semblant d’humanité lui est revenu. Fred fouille dans ses affaires, cherche son téléphone, malheureusement celui-ci a pris l’eau et, malgré son bon vouloir, il ne parvient pas à le remettre en route. — Je peux téléphoner ? demande-t-il à son hôtesse. — Ce serait avec plaisir, mais la ligne est coupée depuis quelques jours… Sûrement qu’ils sont en train de la réparer, mais j’peux pas vous dire quand ni comment. — Et vous vivez comme ça, toute seule, au beau milieu de nulle part ? — J’suis pas seule, j’ai mon chien, mes brebis, mes chevrettes… répond la vieille femme au visage buriné par le soleil. Fred la regarde, un peu interloqué. Elle n’a pas l’air malheureuse, un peu rude, sans doute, mais elle est vaillante, solide et presque en paix. Il se frotte les bras, le pull de laine lui gratte la peau, mais il sent doucement la chaleur revenir. — Ça doit pas être simple, quand même, murmure-t-il. Pas de téléphone, pas de voisin, pas de ...
... médecin… Jeanne hausse les épaules. — J’ai vécu pire, vous savez. Quand on est née dans une ferme d’altitude, on apprend vite que l’aide ne vient pas d’en bas. Faut faire avec. Et puis, j’aime le silence. Le monde fait trop de bruit. Fred hoche la tête. Il repense à sa maison en banlieue, à la télé qui tourne toute la journée, aux silences pesants avec sa femme, aux journées sans but. Il imaginait que la retraite serait une parenthèse paisible, mais il s’est vite retrouvé enfermé dans ses propres murs. — Vous ne vous ennuyez jamais ? demande-t-il. Jeanne lui lance un regard amusé. — S’ennuyer ? Quand le toit fuit, que les chèvres mettent bas à l’aube, et qu’il faut couper du bois avant que la neige tombe ? Non. Je dors bien, le soir. Elle se lève, va chercher une assiette de soupe encore chaude sur le coin de la cuisinière, et la pose devant lui. — Mangez. Vous aurez meilleure mine demain matin. Fred prend la cuillère, remercie du regard. Le bouillon est simple, mais délicieux. Il fleure bon le poireau, la pomme de terre, et quelque chose de plus rare : la présence de quelqu’un. Le vent souffle encore dehors, mais il n’a plus peur. Il se dit qu’il est peut-être tombé au bon endroit, au bon moment. Et qu’il reste des gens, au monde, capables d’accueillir un inconnu trempé, à moitié nu, avec rien d’autre qu’un vieux chien, des chèvres, et un cœur assez grand pour ouvrir la porte. Il sourit, sans trop savoir pourquoi. — Je crois que j’avais besoin de me ...