1. Périple en GR


    Datte: 31/12/2025, Catégories: #ruralité, #rencontre, #personnages, #adultère, Auteur: Delectatio, Source: Revebebe

    ... manque de sexe ou d’adrénaline. C’était un tremblement de terre intime. Une secousse plus profonde.
    
    — Je sais pas, murmure-t-il. J’ai envie, oui. Mais je sais pas ce que ça veut dire pour moi, pour toi, pour nous.
    
    Mathilde soupire, regarde par la fenêtre, là où le ciel s’assombrit doucement. Puis elle dit, sans ironie :
    
    — Moi, j’suis bien dans ma vie. J’ai pas besoin de plus. Mais je vois bien que toi, t’étouffes. Et je veux pas t’enfermer. J’veux pas être ta geôlière.
    
    Fred baisse les yeux. Il ne s’attendait pas à cette douceur ni à cette lucidité.
    
    — On pourrait faire comme si de rien n’était, reprend-elle. Reprendre notre petite routine, chacun de son côté. Mais tu serais malheureux. Et je finirais par te détester pour ça.
    
    Un silence, puis elle ajoute :
    
    — Alors si tu veux partir, Fred… je ne t’en empêcherai pas. Mais fais-le pour de bon. Sois pas entre deux rives. Moi, je continuerai mon chemin, avec ou sans toi.
    
    Fred est secoué. Il s’attendait à une scène, à du chantage affectif, à de la rage. Mais cette paix-là… elle lui fait encore plus peur.
    
    Il ne répond pas tout de suite. Il se lève, sort dans le jardin. Le ciel est sombre, mais dégagé. Les étoiles scintillent. Mathilde a toujours aimé ça. Lui, ce soir, n’y voit que du vide. Demain. Il faudra décider !
    
    Fred traîne, incapable de prendre une décision. Ça semble pourtant si facile maintenant que Mathilde lui a presque donné le feu vert. Et pourtant il ne bouge pas. Il s’enferme dans une ...
    ... pseudo-maladie, le médecin ne lui trouve rien de précis, premiers symptômes d’une dépression. Mathilde ne sait plus quoi faire.
    
    Fred ne sort presque plus. Il reste affalé dans le fauteuil du salon, à fixer l’écran noir de la télévision qu’il n’allume même plus. Il tourne sa cuillère dans un café froid, laisse ses livres prendre la poussière, refuse les invitations des voisins. Le téléphone dort dans une poche. Même éteint, il lui fait honte. Car il sait qu’au fond, il n’est pas malade. Il est vide.
    
    Mathilde le regarde dépérir, d’abord avec agacement, maintenant avec une tristesse résignée. Elle pensait qu’en lui laissant de l’espace, il saurait se remettre en mouvement, mais au lieu de cela, il s’est figé, comme s’il avait vu sa propre vie en face et n’arrivait plus à y entrer.
    
    — Tu veux pas retourner marcher un peu ? propose-t-elle un matin, posant doucement une main sur son épaule. Pas obligatoirement pour aller voir cette femme… juste pour respirer.
    
    Il hausse les épaules.
    
    — J’suis fatigué, répond-il.
    — Fred… faut que tu fasses quelque chose. Là, tu t’éteins. Et moi je peux pas t’aider si tu veux pas t’aider toi-même.
    
    Elle ne dit pas ça durement. Elle dit ça en femme qui ne veut pas supporter la chute d’un autre.
    
    Le médecin, consulté en urgence après un malaise suspect, lui parle de « dépression larvée », de « vide existentiel », de « réaction post-traumatique douce ». Il lui parle aussi d’un thérapeute. Fred n’écoute qu’à moitié.
    
    Le soir même, seul dans ...
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