1. 0308 C’est là que l’imprévisible se produit.


    Datte: 26/10/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds

    ... regarde la télé, tout en fumant un joint.
    
    « Salut Jérém.
    
    — Salut.
    
    — T’aurais pu venir dans le lit.
    
    — Je ne voulais pas te réveiller.
    
    — Tu peux venir maintenant, si tu veux, je suis réveillé.
    
    — Je suis bien ici. De toute façon, je n’arrive pas à dormir, et je t’empêcherais de dormir aussi.
    
    — Mais moi j’ai envie de te prendre dans mes bras…
    
    — Je ne suis pas d’humeur…
    
    — Je peux avoir un bisou, au moins ?
    
    — Ouais… »
    
    Je me penche sur lui, je pose un bisou sur ses lèvres. Il le reçoit sans pratiquement de réaction, sans même quitter la télé des yeux. Je capte une haleine fortement alcoolisée.
    
    « J’ai envie de toi, Jérém.
    
    — Pas ce soir.
    
    — Même pas pour une gâterie ?
    
    — Non, je suis trop naze.
    
    — Tu penses toujours à l’accident ?
    
    — Je n’ai pas envie de parler de ça.
    
    — Mais tu n’y es pour rien et…
    
    — Laisse-moi tranquille, tu veux ?
    
    — Je t’aime, Jérém.
    
    — Ok.
    
    — C’est tout ? Ok ?
    
    — Va au lit, s’il te plaît, j’ai besoin d’être seul. »
    
    C’est avec la mort dans le cœur que j’accepte de me plier à sa demande. Je ne veux pas me disputer avec lui. Mais je sens que le fossé qui nous sépare est encore en train de se creuser et que tous les ponts que j’essaie de bâtir pour relier nos deux rivages s’effondrent aussitôt. Pour bâtir un pont, il faut à minima deux appuis sur un sol stable. Et le « sol » de son côté, s’effrite à vue d’œil.
    
    Le lendemain, Jérém repart travailler. Il quitte l’appart sans pratiquement cracher un mot, ...
    ... il me quitte sans un seul geste de tendresse, ni même de complicité. J’arrive tout juste à lui arracher un bisou à la dernière seconde, alors qu’il a déjà la main sur la poignée de la porte. Si beau dans sa tenue de serveur, et si distant. J’ai terriblement envie de lui, mais j’ai surtout envie de le prendre dans mes bras et de parler de ce qui s’est passé. A moi aussi cette histoire pèse, je voudrais qu’on se soutienne mutuellement.
    
    Une nouvelle fois, je me retrouve seul dans l’appart d’Ulysse. Une fois de plus je sors, mais cette fois-ci, avec une destination précise. Je pars en banlieue, je passe une bonne partie de la journée à Versailles. Ça faisait longtemps que j’avais envie de visiter ce haut-lieu de l’Histoire de France et je me dis que cela occupera mon esprit pendant quelques heures.
    
    Pendant la visite guidée, je reçois un coup de fil de la police m’annonçant que Ouissem va bien, qu’il n’a pas de blessures graves, mis à part une lésion du ménisque qui nécessitera une opération pour récupérer la pleine fonctionnalité du genou. Je termine la visite du château, j’écourte celle du parc, je suis impatient d’annoncer tout ça à Jérém.
    
    En fin d’après-midi, je me pointe à la brasserie et je lui répète ce que le policier m’a dit au téléphone. Au fil de mes mots, je le vois se détendre, comme pousser un long soupir de soulagement. Je vois son émotion monter sur son visage, dans son regard, dans ses yeux émus, humides. Je sens qu’il a envie de pleurer et qu’il se fait ...
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