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0308 C’est là que l’imprévisible se produit.
Datte: 26/10/2024, Catégories: Entre-nous, Les hommes, Auteur: Fab75du31, Source: Hds
Dimanche 16 juin 2002, 2 h 02. C’est là que l’imprévisible se produit. Un scooter déboule à toute vitesse de la gauche en grillant une priorité. Lorsque Jérém le voit, lorsqu’il appuie comme un malade sur la pédale de frein, c’est déjà trop tard. La collision est inévitable. La roue du scooter se plante dans l’aile de la voiture de Jérém qui vient de s’immobiliser. Le conducteur est éjecté de son siège, le choc fait trembler tout l’habitacle, et je le ressens jusque dans mon ventre. Sa tête casquée vient percuter le parebrise, qui se déforme, se fragmente en mille éclats mais ne se brise pas. Le bruit sourd du coup me glace le sang dans les veines, tout comme le cri désespéré de Jérém : « NON !!! » Une fraction de seconde plus tard, je vois le corps atterrir sur le goudron, de l’autre côté de la voiture. Je suis sidéré. Jérém est sous le choc, il a clairement perdu pied. « Je ne l’ai pas vu, je ne l’ai pas vu ! » il répète en boucle. Tu t’appelles Jérémie Tommasi et depuis que tu as été rejeté par le monde du rugby professionnel, tu bois et tu fumes trop. Soudain tu repenses à ce qui t’est arrivé quelques jours plus tôt. Une nuit tu te fais arrêter par la Police en état d’ivresse manifeste, en marge d’une bagarre. Tu n’arrives pas à te calmer, tu insultes les agents qui essaient de te maîtriser. On te menotte, on t’amène au poste. Tu passes la nuit en cellule de dégrisement. Tu décuves, tu ne dors pas beaucoup. Et ça te laisse le temps de réfléchir. Tu te ...
... dis que tu dois te tenir à carreau, car tu ne veux plus jamais avoir affaire à ce genre de contrainte, à cette angoisse de privation de la liberté. Je regarde par la vitre et je vois le conducteur bouger, se mettre assis et se tenir le genou. Il n’a pas perdu connaissance, et cela est une chance immense. Il nous tourne le dos. Je sors de la voiture comme un fou, ma première pensée est celle d’éviter le suraccident. Par chance, il n’y a pas de voitures en vue. Je regarde Jérém, il est vraiment tétanisé. En une fraction de seconde, le tableau se dessine dans ma tête. Le type est vivant, ce qui est capital. L’accident s’est produit parce qu’il a grillé une priorité. Mais Jérém a bu et fumé du shit. Et son attention a certainement dû être détournée par le fait que nous étions en train de nous disputer. Soudain, je pense à quelque chose. Mais il faut faire vite, très vite. « Sors de la voiture Jérém ! — Quoi ? il fait, abasourdi, le regard paniqué. Nico, je suis dans une merde noire ! — Sors de la voiture, sors vite ! Et surtout ne dis plus rien, rien du tout ! » Jérém obéit machinalement. Et moi je vais voir le motard. « Bonjour. Vous allez bien ? — J’étais bien mieux avant ! — Vous avez mal ? — J’ai mal, j’ai mal, oui. — Au genou ? — Oui !!!! — Et pas ailleurs ? — L’épaule. — Et la tête ? — Non… » Dans cette étrange lucidité qu’est la mienne à cet instant, je me souviens du cours de secourisme que j’avais suivi au lycée. « La ...