1. Tout se joue le 18 juin.


    Datte: 26/04/2024, Catégories: f, h, cérébral, fantastiqu, Auteur: Aventurine, Source: Revebebe

    ... l’entrée en lançant :
    
    — A plus tard, mon cœur !
    
    Armée de ma sacoche, je passe le portail en fer forgé qui m’impressionne toujours autant depuis deux années scolaires. Après avoir gravi les marches de l’imposante bâtisse, je gagne ma classe d’un pas assuré. Bien sûr, ma boule au ventre est toujours là, comme à chaque fois. Peu importe, je suis convaincue que ma démarche fait illusion. J’ai l’intime conviction qu’au fil des semaines, je vais gérer mes classes d’une main de maître. Les jeunes auront toujours envie de s’amuser, c’est bien humain et je suis passée par là, moi aussi. Pourtant, tout serait tellement plus simple si je devenais l’une de ces enseignantes qui inspirent le respect par leur prestance. J’aimerais tant ne plus avoir à hausser la voix pour un rien. C’est épuisant. Je suis épuisée, il faut que cela cesse.
    
    Mes escarpins claquent sur le parquet ancien du couloir. A ce martèlement rythmé s’ajoutent les notes métalliques du trousseau que je viens d’extraire de ma poche. Pendant que j’insère la clé dans la serrure, plusieurs paires d’yeux massées près de la porte sont braqués sur moi comme autant de viseurs. Les troupes passent près de moi en un lent défilé. Ensuite, tous s’installent dans un brouhaha mêlant le grincement des chaises que l’on tire, les ricanements et le son des sacs lâchés négligemment au sol. J’extrais le texte de sa pochette plastique et cherche un surligneur dans mon plumier. Tiens, on va essayer le mauve, pour voir… Après l’avoir ...
    ... retourné dans tous les sens, je ne comprends pas comment ouvrir ce feutre. Tant pis. Anthony et sa manie de vouloir tester les nouveaux produits. J’opte pour mon classique fluo rose, met en évidence quelques mots du document et jette un œil à ma classe de lycéens.
    
    Toujours pas installés, cahiers toujours fermés, pas encore disposés à se taire. Mon Dieu, que c’est long. Si j’élève la voix, je n’aurai d’autre impression que d’avoir usé de mes cordes vocales en vain. Ah zut, j’entends mon téléphone vibrer dans mon cartable. Je l’éteins à la hâte sans quitter ma classe des yeux. En notant au tableau trois questions en rapport avec le texte de Baudelaire, je me sens tout chose. Un peu comme si j’avais pris trois cafés au lieu d’un ce midi. Sans parler du nœud qui comprime toujours mon estomac.
    
    Attaquer malgré tout, ne rien laisser paraître.
    
    — Bien, bonjour à ceux que je n’ai pas salués. On va pouvoir ouvrir les hostilités ! Vous avez eu assez de temps pour vous installer, me semble-t-il !
    
    Le brouhaha meurt progressivement, quelques cahiers sont ouverts précipitamment et la porte est claquée du pied par le lycéen placé près de l’entrée.
    
    — Prenez le texte que je vous ai distribué hier, vous devez l’avoir lu.
    
    Bruissements de feuilles, jurons discrets et sourcils froncés en direction des trois questions écrites au tableau. J’ôte ma veste et ajuste le col de mon chemisier blanc. Mon cœur bat bien vite, cet après-midi. Jamais je n’arriverai à me faire à ce métier. Je ...
«12...678...15»