1. D'ambre et d'écume


    Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... bien-pensantes. Mais devant moi, il n’y a qu’un être humain « normal ». J’ai failli penser et dire ordinaire. Je n’en ai jamais vu moi des migrants et celui-là n’a rien de différent de ce que je suis. À part le fait qu’il soit un homme, bien entendu, et moi une femme.
    
    Et c’est bien sur ses traits que je peux lire bien plus qu’un merci. Il s’assied, enfile presque religieusement les petites laines qui lui couvrent pieds et chevilles. Et je le vois qui bouge ses pinceaux sur lesquels les pantoufles remuent au rythme de ses mouvements. Comme si je lui avais fait le plus beau cadeau de la terre. Je réalise aussi que la couverture qu’il serre contre son ventre n’est pas si étanche qu’elle le devrait… Et ce que j’aperçois, pour au repos que ce soit, n’en reste pas moins un attribut qui nous différencie.
    
    À l’instant où mes prunelles se posent sur l’appendice au repos à demi visible, lui relève le menton. Et nous sommes soudain deux à rougir de la situation jusqu’à la racine des cheveux. Il tire, mais un peu tard, sur les deux pans de la cote censée lui garantir une intimité absolue. Il sait que j’ai vu et je sais qu’il sait. Ma brusque façon de tourner la tête ne prouve que l’inverse de ce que je veux taire. Il n’est nullement dupe, et s’en trouve marri. Bêtement pour couper court à ce malaise qui nous étreint d’un coup, je ne sais que lui proposer… une boisson chaude.
    
    — Vous avez soif ? Vous voulez un café ?
    — Café ? Pas compris !
    — Ça…
    
    Mon index se tend vers la ...
    ... bouilloire sur le bord du fourneau. Et puis je le dirige vers une tasse. Cette fois, il saisit ce que je veux lui expliquer.
    
    — Oh ! Tea ! Yes… boire…
    — À la bonne heure ! Je vous prépare tout de suite un thé !
    
    Une bonne occasion pour essayer d’oublier ce qui vient de me rappeler que je suis encore une femme. Plus très jeune, pas en pleine beauté, mais suffisamment saine pour garder des envies. Depuis combien de temps un homme n’a-t-il plus franchi le seuil de ma maison ? Pour moi, je veux dire. Bien sûr le facteur passe parfois, Pierre aussi. Aucun ne vient jamais pour ces choses intimes qui se font entre un homme et une femme. Je ne parle pas d’amour, là ! Seulement de sexe. Et ce gaillard que j’ai ramené chez moi me replace totalement à ma condition de femme. La solitude a aussi un prix, celui d’une absence totale de sexualité.
    
    Alors, bien entendu que ce que j’ai entraperçu juste une fraction de seconde vient de me remuer les sens. Mais est-ce que je ne mens pas depuis que je l’ai déshabillé pour le coucher ? C’est vrai que j’ai eu cette première occasion de… m’émouvoir de ce qui fait de lui un mâle. Pourquoi est-ce qu’à ce moment-là il ne s’est rien passé de spécial ? Peut-être tout simplement parce que les conditions n’étaient pas réunies ? Ou je n’étais pas forcément réceptive à ce genre de détail ? Là ! J’ai vu et je sais, et curieusement, j’en suis toute remuée de l’intérieur. Oh ! Je ne vais pas lui sauter dessus bien sûr.
    
    Mais la relation que nous avons lui ...