1. D'ambre et d'écume


    Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... hâte, je me retourne vers le seul endroit de ma maison où des quinquets puissent m’observer. Et il est là ! Debout, emmitouflé dans la couverture du lit, ses pieds nus sur le plancher.
    
    Je n’ai pas vraiment peur, juste une pointe d’appréhension…
    
    — That’s good ! Hum, an apple pie !
    
    Je sursaute au son de cette voix rauque et du langage que je ne comprends pas. Peut-être de l’anglais… Il n’a pas l’air menaçant et son index gauche tendu me désigne mon dessert. Il sourit en me voyant dépitée.
    
    — Bon. Gâteau… bon, miam miam !
    — Ah oui ! D’accord, vous aimez la tarte aux pommes… j’ai compris.
    
    Il secoue la tête de bas en haut avec une mine réjouie. Je suis son corps recouvert de la laine et bien sûr je tombe sur ses panards sans rien pour les garder au chaud.
    
    — Vous allez attraper froid, à vous balader sans rien aux pieds.
    — What ?
    — C’est vrai… vous ne comprenez pas le français ?
    — A little… un peu, pas beaucoup. Vous gentille, Madame.
    — … ? Et vous qui êtes-vous ? D’où sortez-vous ? Vous comprenez ce que je vous dis ?
    — Moi… Iran… réfugié, Calais…
    — Vous venez d’Iran et vous êtes un réfugié ? C’est cela ?
    — Yes… oui !
    — Ah ! Mais pourquoi étiez-vous sur un bateau pneumatique ?
    — Famille England, moi vouloir traverser… mais orage, vent…
    — La tempête vous voulez dire ?
    — Oui… tem… pête. Moi barque, cassé moteur et perdu rame… mer jetée sur les cailloux…
    — Vous… vous étiez seul, sur votre embarcation ?
    — What ? Seul… ? Embarcation ?
    — Bateau… vous ...
    ... étiez avec des amis.
    — Oh ! No ! Alone… yes I say… just me, alone.
    
    J’ai du mal à tout saisir, mais je crois deviner. Ce type a osé braver les éléments déchaînés pour rejoindre les côtes anglaises. Sur un bateau où personne ne voudrait jamais faire un kilomètre ? Mon dieu, je comprends pourquoi il a si peur des flics. Mais du coup, moi, pour l’aide que je lui fournis, je tombe sous le coup de la loi ? Après tout, je m’en fiche. Je ne fais rien de mal, je veux juste aider un pauvre homme à se remettre après avoir frôlé la mort de près. Quelle misère tout de même ? Il me suit des yeux. Et je me sens bizarre. Ses pieds… ils sont toujours aussi nus.
    
    — Attendez… je crois que j’ai ce qu’il vous faut…
    
    Je farfouille dans la remise et je dégotte une paire de chaussettes et de vieux chaussons. Ceux rangés là par maman à la mort de papa. Ils font l’affaire pour dépanner ce pauvre bougre. Jamais je crois n’avoir senti un tel degré de reconnaissance sur le visage de quelqu’un lorsque je lui tends ma trouvaille. Il reste si peu de gratitude en ce bas monde. Mais ça me chavire tout entière de sentir ce type si heureux à la vue de ces vieilleries… en bon état tout de même. Pourquoi est-ce que j’ai l’impression qu’il veut m’embrasser ?
    
    Le pas qu’il fait dans ma direction, est-il pour prendre ce que je lui offre ou pour… cette bise que j’invente ? Mince alors ! Voici que je déraille. Ce gars-là est un réfugié et il n’a rien à faire sur notre sol, à entendre la plupart de nos têtes ...
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