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D'ambre et d'écume
Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
Trois jours qu’il flotte. Un vrai déluge et ce matin, il me faut aller faire quelques courses. Du pain, de la farine, du sucre, des œufs, des produits de base. Alors, je viens de chausser mes bottes, de passer mon long ciré marin et me voici sur le pas de ma porte. Ma maison est au bout du village. Loin de toutes les autres, face à l’océan. Basse, face aux vents du large qui viennent fouetter ses façades blanchies. Seuls les volets de bois peints en bleu gardent encore un peu de couleur dans le paysage d’automne qui entoure les environs. La pluie et le vent qui apportent les embruns marins me tombent dessus dès que je mets le museau à l’extérieur. Le temps d’insérer la clé dans la serrure, de fermer à double tour, que déjà ma tignasse brune est engluée par les éléments liquides conjugués qui me dégoulinent sur la tête. Je rabats sur mes tifs la capuche et je prends le sentier qui mène là-bas, à la route du village. Je surplombe quelques instants le bout de lande qui côtoie les rochers où les grosses vagues viennent se fracasser avec un bruit effrayant. Je jette, chaque fois que j’emprunte cette partie du sentier, un coup d’œil vers cette nappe grise que le vent déchire en rouleaux, en creux et en montagnes écumantes. Un petit point noir se profile dans le lointain. Sans doute un bateau de pêche au patron plus courageux que les autres. Un risque-tout qui a pris la mer malgré le grain qui fait rage. Je suis quelques secondes des yeux cette masse ballottée par la mouvance ...
... d’une mer dangereuse. Je ne peux rien faire de toute façon et puis… le pêcheur n’est seulement qu’un point noir sur la surface démontée. Je viens de retrouver la route et son long ruban de bitume qui file tout droit vers les habitations dont je ne devine pas encore la présence. Trois kilomètres pour rejoindre les premiers toits, et la moitié d’un de plus pour l’épicerie de Josiane. La seule à être encore ouverte du reste dans ce coin paumé de notre belle côte. J’ai fait ce chemin des milliers de fois depuis que je suis née. C’est chez moi, je suis venue au monde dans cette petite maison, loin de tout, et mes années d’études ont toutes eu lieu à l’école communale de ce lieu perdu. Je connais chaque virage de cette départementale, chaque buisson dans la lande. Et Josiane, l’épicière, est aussi la femme du boulanger. Nous sommes des amies depuis nos plus jeunes années. Bientôt quarante ans que je vis loin des autres, un peu sauvage et totalement isolée aussi. Avant, il y avait ma mère, Josépha ! La sorcière, disaient les gens du bled, mais seulement, lorsque l’un ou l’autre étaient malades, ils étaient heureux de passer à la maison chercher ses remèdes. Tous faits de plantes cueillies dans la campagne. Avant… c’était bien loin. Drôle comme je me perds dans des souvenirs douloureux. Le temps pourri y est pour beaucoup. La tête baissée, pour avoir moins de prise au vent et surtout, ne pas être trempée, j’en suis là de mes réflexions saugrenues alors que la longère vide de ...