-
D'ambre et d'écume
Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe
... la veuve Marchand est droit devant. Puis les autres baraques du village défilent au gré de mes pas qui me dirigent vers le seul magasin du lieu. La porte que je pousse entraîne la sonnette, qui avertit Josiane ou Armand son mari de l’entrée d’un client. Mais ce matin, Pierre aussi, le cantonnier, est là, qui boit un jus. — Salut la compagnie ! Beau temps ce matin, n’est-ce pas ? — Eh ben, Amandine, tu te balades par un temps pareil ? Ferme vite la porte ! Il faut que tu aies rudement besoin de quelque chose pour braver cette tempête. — Oh ! Je dois aussi manger tous les jours. Ça va, Josiane ? Rien de neuf au village ? — Non ! La mère Gauthier a chopé une mauvaise grippe, sinon, à part la flotte… on n’a pas d’autres ragots à te dégoiser. Mais toi là-bas ? Ta maison ne s’est pas encore envolée. — Bon sang ! Ne me jette pas le mauvais œil, Armand ! Je touche du bois… ou du singe. Mes doigts frappent une table, celle où l’homme de service de la commune boit son café. Et je les laisse remonter sur le crâne presque chauve de Pierre. Il rit de ma plaisanterie. — Bon ! Tu veux aussi un jus ? Assieds-toi Amandine. Tu me passes ta liste que je te prépare ce que tu veux. — Tiens… voilà ! Tout est là-dessus. La femme, légèrement enrobée, cheveux un peu roux qui lui tombent en cascade sur les épaules, me fait un clin d’œil. Armand, lui, me sert de suite un brouet noir qui sent vaguement le café. Mais ça me convient. Je sucre le breuvage et ma cuillère tournicote les ...
... quelques secondes nécessaires, censées faire fondre le cube blanc. — Si tu as du poisson, j’en veux bien aussi, Josiane. — Du poisson ? Qui serait assez fou pour aller pêcher en mer par un temps pareil ? Tu n’y penses même pas. Il va passer de l’eau sous les ponts avant que les chaluts reprennent du service. — Ah bon ? La météo ne prévoit donc pas d’amélioration dans l’immédiat ? — Pas avant trois, voire quatre jours, de quoi manger des patates quelques repas, ma chère. — Pourtant… il me semble bien avoir vu un bateau sur la pointe des Cérelles ! Un fou de vacancier qui se serait aventuré au large sans précaution, ou sans tenir compte du grain ? — Un bateau ? Pas possible. Il n’en manque aucun au port… j’y suis passé ce matin pour vérifier si les amarres tenaient bon. Avec ce foutu zef… qui rabat des paquets de mer sur le rivage. Ils étaient tous bien là, petits ou gros ! — Ah ? J’aurais rêvé alors ? Il m’a pourtant bien semblé… À moins que ce soit encore un de ces containers tombés d’un cargo, parce que mal arrimé ? — Ouais ? Une hallucination ou un bois flottant qui sera passé devant tes quinquets ? Enfin, si c’est un navire, il n’est pas de chez nous. À la pointe des Cérelles, tu dis ? C’est plein de rochers là-bas ! Il faut être sacrément téméraire ou complètement fou pour aller se balader dans ce coin par une mer démontée. On saura vite s’il en manque un à l’appel. De toute façon… pas moyen d’aller vérifier. — Amandine… du sucre, je t’en mets combien de kilos ? — ...