1. D'ambre et d'écume


    Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... en le désapant. Il est plus jeune que ma première analyse ne le supposait. Je me dis que je devrais peut-être aller au village pour raconter mon histoire. Mais… je ne peux pas laisser ce moribond tout seul dans ma maison. Qui le surveillerait pendant mon absence ?
    
    Oui ! Finalement ça peut attendre. La peur des policiers manifestée par mon inconnu aussi me laisse perplexe. J’imagine mille et une monstruosités qui peuvent engendrer ce genre de réaction. Je songe aussi qu’au bas de mon sentier, juste à l’orée de la dune… la dépouille de son canot risque bien d’attirer l’attention dans les jours à venir. Je dois donc penser à la retirer de là, elle aussi. Mais pas aujourd’hui… il fait trop mauvais. C’est bien ce qui me préoccupe l’esprit en épluchant mes patates et mes carottes. Une bonne soupe si mon étranger vient à se réveiller, oui un bon potage pour le réconforter…
    
    — xxXXxx —
    
    Une cuillère pour maman, une cuillère pour papa. C’est exactement la chanson qui me trotte dans la caboche alors que je m’efforce de faire avaler un peu de ma soupe à ce bonhomme. Il a les yeux ouverts, effrayé sans doute de ne pas savoir où il se trouve. Enfin, ses grelottements s’estompent quelque peu, et il déglutit un peu de ma mangeaille. Il roule des billes qui croisent les miennes avec un voile de peur.
    
    — Ça va ! Ça va… je n’ai pas prévenu la police ! Vous êtes en sécurité ici… Mangez ! Ça va vous faire du bien. Allez ! Ouvrez le bec, bon sang !
    — …
    
    Je ne sais pas s’il a compris ...
    ... ce que je lui raconte. Mais cette fois ses lèvres gercées se désolidarisent et il ingurgite un peu de nourriture. L’effort semble moins difficile et il reste calme. Une fois, deux fois, dix, je répète mon mouvement pour avancer la cuillère à sa bouche. Et il avale avec appétit. Ses yeux traînent sur moi comme pour découvrir qui se cache là, devant lui. Sans un mot, il absorbe le contenu de l’assiette que j’ai préparée pour lui. Il y a dans son regard… une sorte de reconnaissance. Une fois son estomac convenablement calé, il referme les paupières. Sa respiration lente et régulière m’apprend qu’il est reparti au royaume des songes.
    
    Je vaque donc à d’autres occupations en gardant la porte du salon entrouverte. Ainsi au moindre signe d’éveil, je serai là. La tempête faiblit, la pluie est moins drue. Pourquoi ce type m’intrigue-t-il autant ? Deux jours qu’il roupille sur mon convertible, deux jours que je lui file la becquée, tel un oiseau. Et pas un seul mot n’a franchi le seuil de sa gorge. Mais je suis certaine qu’il va beaucoup mieux. Il se remet lentement de je ne sais quel cauchemar. Son sommeil réparateur est ce qui est le mieux pour lui, à mon avis.
    
    Il est quatre heures de l’après-midi et je range les pommes coupées en fines lamelles sur la pâte que je viens d’étendre. Je prépare une « migaine » faite d’œufs, de crème et de sucre et l’ensemble coule sur le moule où ma tarte va pouvoir cuire. Quand ai-je la sensation que je suis épiée ? Je ne sais pas trop. Mais sans ...
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