1. D'ambre et d'écume


    Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... longuement sur l’autel où les morts gisent. Et là… la couche est remplie de flotte, mais ça n’empêche pas le phénomène de se reproduire. Alors pour ne pas vaciller, pour me donner aussi bonne conscience, je recule de deux ou trois pas.
    
    Que faire ? Je crois que je dois aller au village. Prévenir les autres… qui sait, peut-être que sur la côte, d’autres corps flottent encore ? Je commence à tourner les talons pour rejoindre le sentier par lequel j’ai accédé à cet endroit. Le vent hurle de nouveau, l’accalmie est de courte durée, et des paquets de flotte me frappent le ciré. Drôle aussi comme les bruits me paraissent devenir des voix. Faibles, mais si réelles… Et comme je me rapproche de l’étroite sente, un dernier volte-face pour voir si le canot ne peut pas retourner à la baille. Et là… mince alors !
    
    Mon mort est assis ! Oui, assis ! Je me frotte les quinquets. Ce n’est pas possible. Un bras de l’inconnu se lève à demi, retombe sur le bord rouge du canot. Je dois revenir sur mes pas, avec le cœur qui bat la breloque. Il n’est donc pas totalement trépassé, ce type ? Je rêve tout éveillée ? C’est dingue ça. Et je suis de nouveau très proche de ce gars qui a bien du mal à garder sa position. Du reste, il s’écroule dès que je suis près de lui.
    
    — Madame… Madame… pas police… s’il vous plaît !
    — … ?
    
    Quoi ? J’ai bien entendu ces quelques mots ? Police… pourquoi ce loustic plus mort que vif me parle-t-il de la police ? J’ai un peu la trouille, du coup. Un trafiquant pris ...
    ... dans un naufrage, un drôle de zèbre, en tout cas, qui me fait plutôt flipper. Il tente une seconde fois de s’asseoir. Puis sa main, devant la difficulté de se mouvoir, se tend dans ma direction. Sa voix rauque jaillit encore.
    
    — Pas police, pas police, s’il vous plaît !
    — … !
    
    Merde alors. Il n’est pas français, c’est certain. Le mot « police » est teinté d’un fort accent. Lequel ? Je n’en sais foutre rien. Mais ce qui est évident, c’est bien que je ne peux pas le laisser ici dans la tourmente qui revient en plus corsée.
    
    — Vous… vous m’entendez ? Vous… n’avez rien de cassé ?
    — I don’t understand, I don’t know what you’re saying ! Not the police, please.
    — Qu’est-ce que vous me baragouinez ? Je ne pige rien. Vous avez mal où ?
    
    Le type ne répond rien, bien trop fatigué par l’effort fourni pour me lancer sa phrase dans une langue dont je n’entrave que dalle. Qu’est-ce que je peux bien faire ? Il a la pétoche des flics ? Ça ne sent pas trop bon cette histoire. Mais je ne peux pas le laisser mourir là, au bord de l’océan sous prétexte qu’il ne veut pas que la maréchaussée se mêle de ses affaires. Et ses paupières sont de nouveau closes. Mais il respire, c’est bien la seule et unique chose dont je suis certaine. Alors… eh bien la bourrique que je suis tire la ficelle du matelas dégonflé sur lequel il est étendu.
    
    Combien de minutes, combien de temps est-ce qu’il me faut pour amener mon équipage au bas du chemin ? Je n’en sais foutre rien. Mais ce qui est sûr, c’est ...
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