1. D'ambre et d'écume


    Datte: 26/10/2023, Catégories: fh, Auteur: Jane Does, Source: Revebebe

    ... paysage.
    
    Encore un effort, toujours sous un déluge et enfin le calme de ma petite maison. Je fais du feu, l’humidité a vite fait de tout bouffer si l’on n’y prend pas garde. Et puis le vent… il siffle en glissant sur le toit. Je revois d’un coup l’image sombre de ce que j’ai réellement pris pour un navire. C’est vrai que la pointe des Cérelles, elle a souvent emmené des familles au cimetière… pour des offices devant des tombes vides. Mon quotidien me rattrape et ma journée s’écoule au rythme de ces bruits extérieurs qui perturbent le calme de mon coin de terre.
    
    Ici, c’est souvent le cas, les grains s’estompent aussi rapidement qu’ils naissent. Et vers quinze heures, la tempête s’essouffle. Alors par acquit de conscience, j’enfile de nouveau bottes et ciré et je me dirige vers ce sentier dans la lande qui court vers l’océan. Ça descend sur quelques centaines de mètres et puis je suis sur la grève. Le vent aussi est moins rude. La marée en phase descendante, je marche le long de la bande mouillée d’où l’eau salée s’est enfin retirée. Mes pieds s’enfoncent dans le sable écumant.
    
    Je vais sans but, ramassant ici et là un déchet drossé sur le rivage par les vagues furieuses. Et entre les rochers, à quelques dizaines de mètres de moi, bien à l’abri des regards, secoué par l’eau qui claque, un truc anormal attire mon attention. Qu’est-ce que c’est que ce machin, un gros ballot, de couleur rouge ? Précautionneusement, je me rends vers cet objet qui flotte à demi coincé sur ...
    ... la rocaille battue par les dernières vagues. Mon sang ne fait qu’un tour… un fantôme au milieu de l’écume… un corps !
    
    — xxXXxx —
    
    Quel âge peut bien avoir ce type ? Je n’ose pas m’approcher. Les morts inconnus ne sont jamais un bien joli spectacle. Mais… je dois tout de même essayer de sortir ce qui reste du canot pneumatique crevé où gît ce pauvre bougre. Je ne sais pas si j’ai bien le droit de toucher à quoi que ce soit. Puis après tout le bon sens veut que je ne laisse pas l’océan reprendre ce qu’il vient de vomir. Je vois un bout qui se balance mollement dans le ressac. Alors n’écoutant que mon instinct, je tracte la corde et les restes de la trop frêle embarcation bougent enfin.
    
    Le sable mouillé sur lequel je traîne mon fardeau monte en pente très douce. Cette fois, le risque de voir la nappe liquide avaler une seconde fois ce corps est désormais nul. Bon ! Le type… un homme de toute évidence, plus très jeune, est là… qui repose sur son lit de caoutchouc. Je ne vois aucune blessure apparente. Alors ? Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? Je suis au-dessus de ce visage mangé par une barbe de plusieurs jours. Et… bon sang… ça me fait toujours le même effet, les macchabées. J’en ai presque la trouille.
    
    Après quelques minutes à rezieuter le corps allongé, l’impression bizarre que ses yeux clignotent me fait détourner le regard. J’ai toujours eu le sentiment, lors des veillées aux morts que la respiration reprenait un cours normal dès que je laisse traîner mes yeux trop ...
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