1. Mon patron, cet abruti (1 / 7)


    Datte: 10/09/2018, Catégories: nonéro, Humour Auteur: Anne Grossbahn, Source: Revebebe

    ... J’avais rendez-vous.
    — Oui, vous êtes en retard, mademoiselle Saintjean.
    — Je suis désolée, je bafouille. J’ai eu un accrochage avec la voiture, et…
    — Vous êtes là, c’est l’essentiel. Dorénavant, faites en sorte d’être là à l’heure.
    — S’il n’y avait pas autant de chauffards sur les routes, je commence, ça n’arriverait pas, et…
    
    Je m’interromps, car un homme vient d’apparaître dans mon champ de vision. Il a tombé la veste, mais a toujours l’air aussi prétentieux. Je reste bouche ouverte, mâchoire pendante, espérant qu’il n’ait pas entendu ma dernière intervention.
    
    — Que se passe-t-il, mademoiselle Lang ? interroge-t-il.
    — C’est notre nouvelle employée, la remplaçante, monsieur Darville. Elle est un peu en retard, elle a eu un accrochage sur la route. Un chauffard, paraît-il.
    
    Bon. S’il n’avait pas entendu, à présent il est fixé. Il braque sur moi un regard peu amène, et je fais un effort suprême pour ne pas tourner les talons et m’enfuir à toutes pompes. Commencer sa première journée de boulot dans une entreprise en tamponnant la voiture de son patron et en traitant celui-ci de chauffard n’est pas spécialement considéré comme une entrée en matière idéale.
    
    — Un chauffard ? grogne-t-il, les sourcils froncés.
    — Je… je…
    
    Je ne trouve rien à répliquer, et en outre je dois être cramoisie jusqu’à la racine des cheveux ! Son regard me met mal à l’aise, alors qu’il me détaille de la tête aux pieds. Hubert Darville est un très bel homme, la quarantaine resplendissante, ...
    ... l’air aussi sûr de lui que je ne le suis pas de moi. Il s’adresse à la brune :
    
    — C’est vous qui vous êtes chargée des épreuves et entretiens d’embauche ?
    
    Mademoiselle Lang semble embarrassée.
    
    — C’est une mission importante mais à durée limitée, monsieur. Je vous certifie que mademoiselle possède les compétences professionnelles requises.
    — J’y compte bien, mademoiselle Lang.
    — Oui, monsieur.
    — Mettez-la au boulot immédiatement, on n’a que trop perdu de temps.
    — Bien, monsieur.
    
    Il me regarde.
    
    — Vous avez bien un nom ?
    — Heu… Marielle Saintjean, monsieur.
    — Bienvenue chez nous, mademoiselle Saintjean, dit-il d’un ton qui sous-entend le contraire.
    
    Et, juste avant de s’éloigner d’un pas rapide, il me lance l’ultime banderille :
    
    — J’espère que vous traduisez mieux que vous ne conduisez.
    
    Nous restons quelques secondes silencieuses, la brune me dévisageant bizarrement. Je fais comme si je ne pigeais rien non plus à la situation, mais je vois bien que l’employée a des doutes. Je devrais recevoir des baffes à chaque fois que je loupe une occasion de me taire !
    
    -oOo-
    
    Mademoiselle Lang me fait visiter les locaux. Le second étage est occupé par le service administratif, comptabilité et gestion du personnel. On y trouve aussi les bureaux de la direction de l’entreprise, ainsi que le service « recherches et traductions », pour lequel je viens d’être embauchée. Une vaste pièce est occupée par la documentation.
    
    L’étage directement inférieur est affecté ...
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