1. Mon patron, cet abruti (1 / 7)


    Datte: 10/09/2018, Catégories: nonéro, Humour Auteur: Anne Grossbahn, Source: Revebebe

    ... Tu parles d’un accueil ! Alors que je me demande si la préposée n’est pas un peu sourdingue, elle lève vers moi deux yeux curieux, suivis de près par un menton interrogateur.
    
    « Bon. Elle est pas aveugle, c’est déjà ça », me dis-je en lui tendant ma convocation.
    
    — J’ai rendez-vous avec madame Demarche.
    
    Sans donner l’impression de m’avoir écoutée, elle lit rapidement les quelques phrases dactylographiées et hoche la tête en silence, puis me rend le feuillet.
    
    « Elle est peut-être sourde et muette », ne puis-je m’empêcher de songer au moment où elle regarde sa montre en faisant la grimace, comme pour bien me rappeler à quel point je suis en retard.
    
    — Deuxième étage, le couloir à gauche, puis au bout à droite, et c’est la troisième porte à droite, soupire-t-elle enfin en me désignant l’ascenseur, au fond du hall d’entrée.
    
    Elle retourne à ses papiers, sans doute pour bien me faire comprendre qu’elle a du boulot, mais le téléphone sonne ; alors elle décroche tandis que je m’éloigne et je l’entends annoncer d’une voix chantante :
    
    — Darville Printing, bonjour !
    
    L’ascenseur stoppe au second, et j’arrive dans un petit hall carré.« Le couloir à gauche ? Quel couloir ? » Imaginant qu’il se planque sans doute derrière la porte coupe-feu, je fais trois pas et tends le bras, mais un des battants s’ouvre à la volée, me laissant juste le temps de m’immobiliser pour éviter la collision. Une main vient se plaquer en plein sur mon sein gauche, puis se retire comme si ...
    ... elle venait d’être piquée par un scorpion – que je ne suis pourtant pas – au moment où un tas de fardes et de papiers dégringolent et s’éparpillent sur le carrelage.
    
    — Oups ! Excusez-moi… Désolé, je…
    
    Le type est tout rouge autour de ses lunettes, et se baisse pour ramasser tout ce qu’il a laissé choir.
    
    — Je cherche le bureau de madame Demarche, dis-je après mon dix-huitième soupir.
    
    Il lève sur moi des yeux bleu pâle embrouillés de quelques mèches blondes.
    
    — Heu… C’est au fond. Par là ! Non, par là, je veux dire.
    
    Il gesticule pour m’indiquer plusieurs directions, derrière lui, laissant choir à nouveau ce qu’il vient juste de rassembler.
    
    — C’est à l’envers, alors je m’embrouille, bafouille-t-il. C’est la deuxième porte. Non ! La troisième, parce que la deuxième, c’est le bureau, et la première, la docu…
    
    Il rit jaune en ramassant maladroitement son fourbi.
    
    — …j’en viens ! ajoute-t-il.
    — Merci, dis-je simplement en franchissant rapidement la porte avant que ne survienne la catastrophe suivante.
    
    -oOo-
    
    — Madame Demarche n’est pas là, fait une voix derrière moi alors que je frappe à la porte pour la seconde fois.
    
    Je pivote et me trouve face à une femme aux cheveux mi-longs sombres et lisses, au teint mat et aux yeux en amande, de type eurasien, et que je reconnais instantanément, l’ayant déjà rencontrée lors des épreuves et de mon entretien d’embauche.
    
    — Rectification, précise-t-elle. Madame Demarche n’est plus là.
    — J’ai rendez-vous… Heu ! ...
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