1. Nos plus belles étoiles


    Datte: 22/02/2023, Catégories: fh, couple, bateau, amour, tutu, lettre, lettres, Auteur: Amarcord, Source: Revebebe

    ... d’espace à nos murmures et nos soupirs, et il m’a déshabillée lentement, avec une délicatesse infinie. J’étais si jeune encore, mais avais déjà connu le sexe, j’ajouterais presque, hélas. Mais c’est bien avec ce beau jeune homme que j’ai vraiment découvert ce que c’était de faire l’amour, et je lui suis encore reconnaissante de m’avoir guérie de ce faux départ et de son empreinte un peu amère. C’est peut-être pour ça que l’amour sur le toit m’est si doux : c’est grâce à lui que j’ai découvert sous le ciel combien le désir d’un homme pouvait être beau et respectueux, presque sacré. C’est la mort dans l’âme que je dus chaque fois quitter prématurément mon doux Roméo dans les bras duquel j’aurais tant aimé vivre le réveil. Et c’était d’autant plus con que Maman devait bien se douter que cet amour de vacances ne resterait pas longtemps platonique.
    
    Le petit fiancé s’en est allé, les serments éternels conjurant la distance ne le sont pas restés longtemps, ils étaient pourtant sincères. Mais la rencontre de ce garçon m’a élevée sur des altitudes dont je ne suis jamais vraiment redescendue. Disposer d’un toit, ce devrait être un droit universel, mais le comble du luxe n’est pas de s’y abriter, c’est bien de dormir sur sa couverture pour y toucher ses rêves.
    
    Plus tard, au cours de mes années d’études, j’ai connu des escapades amicales sur le toit, chez Fred, un copain qui logeait dans une chambre de bonne. Guidés par son bras ferme, nous passions successivement la tête puis le ...
    ... corps à travers la lucarne, un peu hésitants, nous débouchions alors sur le sommet du bâtiment, où tout semblait si libre et si léger, la ville y redevenait presque sauvage sous cet angle inédit, comme si nous la voyions pour la première fois en relief. Nous progressions prudemment jusqu’à une surface de zinc dont la pente était très douce. Nous y refaisions le monde en le dominant, et je soupçonnais Fred d’y emmener parfois sa copine pour des débats plus intimes. J’osai l’allusion, Valentine me répondit d’un clin d’œil, et c’est comme ça que je me découvris membre d’un groupe bien plus large que prévu, actif, mais volontairement discret, comme le pêcheur rechigne à partager ses meilleurs coins d’eau vive.
    
    J’ignore comment tu t’y pris, après notre rencontre, après que je t’eus révélé mon petit secret aérien, mais tu trouvas plus d’une fois le moyen de nous faire jouer les chats de gouttière. Le cœur battait si fort : il y avait le goût du danger, assez relatif, les toits n’étaient pas si pentus, et nous n’en tutoyions pas les bords. Il y avait le vertige de ne jamais être certains de ne pas être vus. Et surtout il y avait toi, l’indispensable complément pour que l’expérience ne fût pas seulement fantasme, mais pur frisson. Après l’amour, blottie contre toi, mes yeux suivaient la trace clignotante d’un avion en survol, et je riais en imaginant les encartés auMile High Club et leurs pauvres séances de baise bâclées à la hâte dans une chiotte de Boeing, quand nous avions pour ...
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