1. Monsieur Jean


    Datte: 11/09/2022, Catégories: fh, jeunes, init, confession, mélo, portrait, historique, historiqu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe

    ... sensuelles de ma longue vie.
    
    Mais comme le dira plus tard le poète,la vie sépare ceux qui s’aiment, nous aurions pu vivre une histoire d’amour comme en vivent les adolescents depuis la nuit des temps. Mais la vie se chargea de nous séparer… sans nous séparer.
    
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    Nous vivions toujours, ma mère et moi, sur le fil du rasoir. À toujours calculer les dépenses, en espérant ne pas avoir une tuile qui nous tombe dessus à l’improviste, car entretenir un manoir comme le nôtre n’était pas une sinécure.
    
    Il se trouve qu’un homme, de trente ans plus âgé que moi, me trouva à son goût. Il trouvait surtout à son goût le château, la respectabilité du titre que portait ma mère, et si en plus il pouvait mettre dans son lit une jeunette, il n’y voyait que des avantages.
    
    C’est ainsi que Maurice Thouviard fit sa demande en mariage le jour de mon dix-huitième anniversaire. Ma mère voyait aussi le bon côté des choses, grâce à sa fortune, nous allions sortir la tête de l’eau. Il dirigeait une entreprise de construction et possédait des parts dans une aciérie.
    
    En y réfléchissant bien je me retrouvais l’enjeu d’un marché, mariée à un homme de trente ans plus vieux que moi. Un homme que je n’aimais pas. Mais l’épouser signifiait voir s’effacer les soucis financiers, disparaître le risque de nous retrouver à la rue, ma mère et moi.
    
    Donc, j’ai dit oui alors que des rumeurs de guerre devenaient de plus en plus pressantes.
    
    Tout se bousculait dans le pays et surtout dans mon ...
    ... esprit. À quelques jours du mariage, je pris ma décision. Je ne me voyais pas perdre mon innocence entre les bras de ce personnage peu sympathique qu’était Maurice Thouviard. Bedonnant, toujours transpirant, au rire gras et au regard sale.
    
    Aussi, une nuit, suis-je allée retrouver Jean. Il logeait dans le petit pavillon près des serres, avec Paul et son épouse. Il y possédait sa propre chambre. Je me revois encore me glisser en douce hors du manoir, et frapper à sa fenêtre. Dire qu’il fut surpris de me voir est un doux euphémisme, je me jetai en larmes dans ses bras. Après une infime hésitation, il me berça, embrassa mes cheveux et me caressa le dos comme on le ferait d’un petit animal apeuré.
    
    — Jean, je ne veux pas que la première fois soit aveclui, je veux que ce soit avec toi. S’il te plaît, aime-moi.
    
    Il réfléchit quelques secondes, comme lorsqu’il me choisissait une rose. Pour toute réponse, il m’embrassa sur les lèvres. Un premier baiser plein de retenue et maladroit, mais pur.
    
    Alors que nous nous déshabillions, gauches et impatients, il s’interrompit et me déclara très solennellement :Mademoiselle Mireille, je dois vous avouer une chose, Jean n’est pas mon prénom. Je me prénomme Samuel.
    
    Qu’il se prénomme Alfred, Jean ou Samuel, je n’en avais rien à faire. Je voulais juste faire l’amour pour la première fois avec lui.
    
    Alors, nous sous sommes aimés toute une nuit. Ce fut très beau, très doux, très tendre, du moins pour les deux inexpérimentés que nous ...
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