1. Monsieur Jean


    Datte: 11/09/2022, Catégories: fh, jeunes, init, confession, mélo, portrait, historique, historiqu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe

    ... aussitôt.
    
    — Je vous demande pardon, monsieur Jean, je ne voulais pas vous blesser.
    — Appelez-le Jean tout simplement, il est encore un peu jeune pour lui donner du monsieur.
    — Je cesserai de lui donner dumonsieur quand lui cessera de ne m’appeler « que » Mademoiselle. Mademoiselle n’est pas mon prénom.
    
    Ce fut la première fois qu’il m’adressa la parole sans bafouiller et en osant me regarder dans les yeux, ce qui ne l’empêcha pas de rougir comme un coquelicot.
    
    — Je n’oserais jamais vous appeler uniquement par votre prénom.
    
    Il n’avait jamais une minute de temps libre, alors que je passais le mien à lire, me promener.
    
    J’avais installé un transat sur la terrasse, je venais y prendre l’air tout en lisant. Je participais aux tâches ménagères, mais ma mère tenait à ce que je me cultive le plus possible. Un verre de citronnade à mes côtés, un bon livre entre les mains, un chapeau sur la tête, je me sentais aux portes du paradis.
    
    Un jour, dans mon petit coin de paradis je trouvai une rose toute fraîche sur mon siège. Une rose blanche.
    
    Et chaque jour, je trouvai une fleur, le plus souvent une rose blanche, mais selon la saison je trouvais des pivoines, du lilas ou une fleur d’hibiscus. Je ne savais qui posait ces fleurs sur mon siège, bien que j’eus de gros soupçons.
    
    N’y tenant plus, je me cachais et organisais une surveillance comme dans mes romans d’espionnage ou policiers.
    
    Bien évidemment je vis arriver mon suspect principal une rose à la main, fleur ...
    ... qu’il déposa délicatement sur le siège. Je ne me fis pas repérer, je ne tenais pas à le gêner. Je le surveillais parfois, toujours discrètement alors qu’il me choisissait des fleurs. Je trouvais cette situation tellement romantique.
    
    Lors de cet été, alors que nous étions encore insouciants, mais que de sombres bruits de bottes retentissaient, il se déroula un évènement qui bouleversa nos vies.
    
    Jean aidait monsieur Paul à récolter le miel, il insérait les rayons dans un extracteur qu’il faisait tourner, j’admirais le liquide onctueux couler dans un grand seau en métal, puis Jean qui transvasait ensuite ce sirop dans de petits pots de verre.
    
    Bien évidemment il s’en mettait partout sur les mains. Il ne savait comment se les nettoyer, alors je lui saisis la main et lui suçait les doigts, un à un. Nous nous regardions les yeux dans les yeux. Rouge comme une tomate, il déglutissait avec difficultés.
    
    — Ch’est délichieux, dis-je en trempant mon index dans un pot, puis en le lui tendant.
    
    Il hésita à le prendre, mais il céda devant mon regard suppliant. Mon doigt dans sa bouche, ce fut certainement le moment le plus fort de ma jeune existence. J’ai su, à cet instant que c’étaitlui. À le voir s’embraser, je savais qu’il se trouvait dans le même état que moi, et certainement éprouver les mêmes sentiments.
    
    Je ne connaissais rien de l’érotisme, mais ces minutes-là, passées à déguster du miel, les yeux dans les yeux, mon doigt dans sa bouche furent certainement les plus ...
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