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Monsieur Jean
Datte: 11/09/2022, Catégories: fh, jeunes, init, confession, mélo, portrait, historique, historiqu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe
... étions. Alors que je disais oui au prêtre, je savais que Jean me regardait, de même lorsque nous dansions dans la grande salle. Je pensais encore à lui quand je me suis retrouvée dans le lit de mon mari. Ce n’était pas une brute, mais bien loin de la douceur et de la délicatesse de Jean. Puis vint la drôle de guerre. Heureusement Jean ne fut pas mobilisé, car trop jeune de quelques mois. Maurice non plus, lui étant trop âgé. Quand la débâcle se profila, je me trouvais au château, Maurice à Paris pour ses affaires. Après une période d’incertitude et de tâtonnements, mon mari montra son vrai visage. Il se rangea ouvertement du côté des envahisseurs et des collaborateurs. ********** Nous partagions notre temps entre Paris et le manoir, Paris où Maurice avait ses « affaires ». Puis alors que mon ventre s’arrondissait, j’habitais au château à temps plein. Certes je n’avais pas les facilités de la ville, mais nous avions largement de quoi nous nourrir. Les bruits qui couraient, puis les discussions avec mon époux ne me rassuraient guère sur les intentions de l’envahisseur et sur celles non moins délétères du gouvernement de Vichy. Les parents de Jean, prudents, craignaient que les choses ne tournent de cette façon. Alors, bien à l’avance ils laissèrent leur fils aux bons soins de leur ami Paul. Il ne revit jamais ni son père ni sa mère. Terrorisée, je suppliais Jean de fuir, de rejoindre l’Espagne ou mieux la Grande-Bretagne. Mais têtu comme une mule, il ...
... refusait systématiquement de partir. Il voulait me protéger, disait-il. Je me réfugiais souvent entre ses bras, lorsque nous étions seuls, bien que je soupçonne Paul et son épouse de se douter de quelque chose. Jean savait les mots pour me rassurer, je me demandais d’où il tirait cette force, et surtout, qui le rassurait, lui ? D’aucuns diraient que je trompais mon mari, mais je savais de source sûre qu’il ne se privait pas de faire pareil alors qu’il se trouvait à la capitale. Je ne faisais que lui rendre la pareille. Mon premier fils, Louis naquit ici, au château. Puis mon mari eut l’idée lumineuse de loger des officiers de la Wehrmacht ici même. Un Oberst – une espèce de colonel – et ses aides de camp habitaient l’aile nord de notre vieille demeure, nous reléguant dans les communs. En fait, ils s’invitèrent plus qu’il ne les invita, mais ils y mirent les formes, vu ses sympathies. Une nuit, Samuel revint avec une famille entière, les parents et deux enfants, une famille qui fuyait les arrestations et les exactions de la milice. Terrorisée à l’idée de nous faire surprendre par nos « locataires », je ne pus cependant me résoudre à les rejeter. Notre château datait de plusieurs siècles et il existait dans le sous-sol des caves, souterrains et peut-être même des oubliettes. Nous avons caché ces malheureux dans une vieille cave voûtée. Selon Jean, personne ne pourrait imaginer que des juifs puissent se cacher sous les pieds d’officiers de la Wehrmacht. Les ...