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Monsieur Jean
Datte: 11/09/2022, Catégories: fh, jeunes, init, confession, mélo, portrait, historique, historiqu, Auteur: Radagast, Source: Revebebe
— Je voudrais faire une déclaration. Ophélie venait de frapper dans ses mains pour réclamer l’attention générale. Voilà, c’était fait, tout le monde la regardait un peu étonné. Une gamine d’à peine vingt ans se faire remarquer ainsi, dans ces circonstances douloureuses. Mais elle ne pouvait plus reculer. Elle allait balancer l’équivalent d’une charge thermonucléaire dans cette assemblée constituée de ses parents, grands-parents, oncles, tantes, grands oncles et grand-tantes, cousins, cousines et elle en oubliait certainement. En tout près de deux cents personnes qui se demandaient ce qu’elle avait de si intéressant à dire. — Voilà, il y a de cela quelques mois, Super-Mamy m’avait demandé de l’aider à rédiger ses mémoires et ses dernières volontés. Déjà elle voyait des visages se chiffonner. — Je ne parle pas de testament, mais de ses volontés concernant son inhumation. D’ailleurs, elle avait demandé au Père Germain et à monsieur le Rabbin Salztmann, ici présents, d’assister à cet entretien. Ils sont ici présents pour confirmer ce que je vais vous lire. — Ophélie, quelle est cette comédie ? Ce n’est pas le moment, intervint son grand-oncle Philippe. Le Rabbin toussota et leva la main. — Si je puis me permettre, ceci n’est pas une comédie, bien au contraire. Le prêtre hocha la tête, pour confirmer les dires de son confrère. La jeune femme reprit le cours de sa déclaration. — Il y a deux ans de cela, j’ai surpris Super-Mamy dans le cimetière, en larmes, ...
... une rose à la main. Je lui ai demandé les raisons de ce chagrin alors qu’elle ne se trouvait pas devant la tombe de notre arrière-grand-père.Je te les raconterai lorsque le temps sera venu, m’a-t-elle répondu. Tout le monde sourit à l’évocation du surnom de l’aïeule. Super-Mamy, que ses petits-enfants lui donnaient affectueusement. Super-Mamy régnait sur six générations de Thouviard. Réglant les conflits entre frères et sœurs, dispensant ses conseils avisés aux uns et aux autres et consolant les plus jeunes. Elle allait vraiment manquer, elle était le lien qui unissait toute cette famille. — En août de l’an dernier, elle m’a demandé de venir passer quelques jours ici même.Le temps est venu de lever le voile sur mon histoire, sur ma vie et l’histoire de notre famille. C’est là que je fis connaissance du Rabbin Salztmann et du Père Germain. J’ai retranscrit intégralement son récit dans ces quelques feuillets, elle voulait que je vous les lise. ********** Comme vous le savez tous, je suis née le 15 novembre 1919, soit presque un an après la fin de la Grande Guerre. Mon père, Henry Monfroid, était banquier, ma mère, Iphigénie de la Tour s’occupait du château familial. Ils se marièrent en 1916 alors que mon père faisait partie de l’intendance des armées. Un problème au genou lui avait évité le front. Tout en ne participant pas aux combats, il tirait quand même une certaine fierté de servir son pays. Sitôt la guerre terminée, mon père reprit son travail, ...