1. « Matrone et Domina, une patricienne hypersexuelle dans la Rome impériale » (1) : l’éducation de Tullia


    Datte: 01/09/2022, Catégories: Dans la zone rouge, Auteur: Olga T, Source: Hds

    ... couple qu'Ovide présente est très éloignée de l'ancienne morale traditionnelle et reflète l'évolution des mentalités de la fin de la période républicaine : la femme n'est plus l'épouse soumise par les lois, respectueuse de son mari et jalousement protégée, la mère de famille, la Matrone, la maîtresse des serviteurs de la maison, la Domina). Ovide présente une société qui fonctionne à rebours de ces traditions ancestrales : l'homme devient esclave de sa compagne par recherche d'un plaisir nécessairement partagé et la recherche de raffinements nouveaux.
    
    L’ouvrage mérite qu’on s’y arrête un peu, car l’histoire de Tullia est la mise en œuvre des préceptes d’Ovide.
    
    L'ouvrage d’Ovide est divisé en trois Livres. Dans cette société où les hommes codifiaient le comportement sexuel des femmes, le poète subversif Ovide fut sans doute le seul homme de l’Empire Romain à s’intéresser à l’érotisme féminin et a recommandé aux hommes, dans ses écrits, d’être des amants attentifs au plaisir de leur partenaire…
    
    Le premier Livre enseigne aux hommes à séduire les femmes. Après un préambule qui présente ce manuel du séducteur, Ovide décrit plaisamment les techniques d'approche : où trouver les belles filles à Rome, engager la conversation, aux courses de l'hippodrome soutenir ses favoris, multiplier les petits gestes attentionnés, gagner la confiance de sa servante ; aux cadeaux, préférer les nombreuses promesses, c'est moins coûteux, et les billets doux ; suivre la belle sans avoir ...
    ... l'air de la pister ; comment se comporter lors des festins, et voler les premiers baisers et une première étreinte.
    
    Le deuxième Livre apprend à transformer sa conquête en amour durable : la fréquenter assidument, user de mots tendres et agréables, être attentionné, ponctuel et zélé, approuver ses goûts, gagner la complaisance de ses servantes et ses esclaves. Tolérer sans jalousie quelques rivaux et fermer les yeux sur les petites infidélités de la belle, tout en cachant celles que l'on commet, quitte à les nier si elles sont découvertes. Rester humble et patient en cas de refroidissement des relations. Et surtout, être un amant attentif au plaisir de sa partenaire.
    
    Le dernier Livre s'adresse aux femmes, et prodigue les conseils pour séduire et conserver la relation : coiffure, habillement, maquillage, attitudes et jeux d'ombre qui mettent en valeur, y compris pendant l'acte amoureux.
    
    Ces lectures remettent en cause tous les préceptes classiques qu’ont inculqués à Tullia, ses précepteurs et le Pater Familias, afin de faire d’elle une bonne épouse et une patricienne digne de sa « gens ».
    
    Et pour terminer ses découvertes d’un autre monde, Tullia dévorera également « Les Amours », les élégies d’Ovide où le poète raconte ses amours avec la belle Corinne.
    
    Outre l’identification à ces personnages féminins sulfureux, Tullia retient de ses lectures, et d’abord d’Ovide, la force de la séduction, le droit au plaisir et l’envie d’autre chose que le destin qui avait été écrit ...
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