1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 2


    Datte: 17/08/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    ... calvaire.
    
    Laval, je ne peux pas me résoudre à l’appeler par son prénom celle-là, lui a peut-être demandé de ralentir le rythme pour avoir le temps de m’amadouer. Elle peut m’oublier, j’ai choisi le camp de Christelle malgré le danger de se lier d’amitié avec une fliquette, il y a une différence entre se défendre contre un mari violent et tirer pendant une attaque à main armée. Ma codétenue a un cœur sous sa carapace, elle m’apportera au moins un peu de positif dans un lieu aussi sordide.
    
    – Ça avance ou quoi ! Déjà cinq minutes de retard sur hier. Vous bossez mieux à trois qu’à quatre, ma parole.
    
    Les gardiennes n’ont plus rien à se dire ou j’ai vu juste, l’équipe tourne au ralenti, la faute en revient obligatoirement à Laval.
    
    – Marvault ! Amène-toi, laisse ton seau.
    
    Mon pouls fait une embardée, j’ai la trouille de payer pour les autres qui décident de s’activer un peu tard, le sourire de la matonne n’a rien de rassurant.
    
    – Tu es demandée à l’infirmerie, ma collègue va t’accompagner, puis tu attends sur place. On y sera peut-être avant le rassemblement pour la bouffe du soir ! gronde-t-elle d’une voix menaçante à l’intention des autres.
    
    Et merde ! Encore une raison de me faire mal voir. Tant pis, j’en prends mon parti, il y aura des jours meilleurs.
    
    La vaccination obligatoire ne me fait pas peur, au contraire, le nombre de prisonniers qui chopaient une saloperie de virus pendant leur détention dans l’ancien temps dépasse l’entendement. Dommage que ...
    ... toutes ces avancées se fassent au détriment des libertés individuelles, un prix trop exorbitant à mon goût. La gardienne assise près de moi joue sur son téléphone portable, elle s’occupe au moins, j’aurais apprécié un magazine dans la salle d’attente histoire de passer un peu le temps.
    
    – Je te laisse cinq minutes, tu ne bouges pas, sauf ordre express de la toubib.
    
    Aucune chance, la dernière fois que j’ai ignoré la petite voix dans ma tête, celle de la prudence à défaut de la sagesse, un juge mal embouché m’a condamnée à cinq ans de lessivage forcé dans un pénitencier ; inutile d’en rajouter, je suis fermement décidée à obéir aux ordres en silence. Une matonne me demande d’attendre le cul sur une chaise sans bouger ? Aucun problème, la nouvelle Louise s’évadera mentalement en attendant le retour de la toubib.
    
    Tiens ! Je n’ai pas fait gaffe hier, la grande psyché de la salle d’examen est fixée à la porte entrouverte. Les détenues en attente restent donc sous surveillance au détriment du secret médical, encore une liberté essentielle sacrifiée au nom de la sécurité générale, et le gouvernement s’étonne des ambitions révolutionnaires d’une partie non négligeable de la jeunesse. Il doit y avoir aussi des caméras, ça m’amuserait que la voyeuse devant l’écran s’ankylose à force de me fixer. La porte de séparation s’entrouvre un peu plus.
    
    – Déshabillez-vous entièrement, j’arrive dans cinq minutes.
    
    – Entièrement ? Je croyais qu’on allait me vacciner.
    
    – C’est le cas... ...
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