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Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 2
Datte: 17/08/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds
... manque à gagner. – Marvault ! beugle la surveillante accrochée au distributeur de café comme si sa vie en dépendait, ce qui est peut-être le cas au début de la journée. Je lève la main suivant l’article 2 du règlement intérieur ; mieux vaut apprendre les principaux par cœur le plus vite possible. – Tu es dans l’équipe de Laval, ajoute-t-elle sans commentaire inutile. Celle qui a voulu m’acheter avec son dessert la veille se manifeste, son sourire en coin ressemble à la promesse de moments délicieux. Pas en ce qui me concerne, j’aurais voulu rester près de Christelle ; malheureusement, il n’y a aucune autre alternative que d’obéir en silence, le directeur me l’a fait comprendre la veille. Le regard de ma vis-à-vis s’illumine un instant. – Je vais arranger ça, ne t’en fais pas. Si quelqu’un te cherche des noises, dis-le moi, ne va jamais te plaindre devant les matonnes. Le choix par défaut de me rapprocher de ma codétenue s’avère peut-être le moins mauvais le temps de prendre mes marques dans un univers dont j’ai tout à redouter. Une nouvelle hérite toujours du rôle de la proie dans une communauté, au moins jusqu’à la prochaine arrivée, le titre de prédatrice se mérite, comme le respect qui en découle. La surveillante réclame le silence d’un coup de sifflet strident. – Prenez des forces, les frotteuses, début du travail dans cinq minutes. Vous aurez le temps de jacasser plus tard. Laval en bout de table me dévore des yeux, je me fais l’effet d’un ...
... croissant pur beurre livré à la convoitise d’un diabétique en rémission, ou plus sûrement d’une nana offerte à une gouine en manque de domination, à me faire regretter l’attitude déplacée de Christelle hier, un jeu bien innocent en comparaison du calvaire qui m’attend. Car l’autre ne va certainement pas se contenter de se rincer l’œil. Balais-brosses, seaux, serpillères, détergent, gants, chiffons, cire, autant d’ustensiles datant du début du siècle, le local entretien ressemble à l’entrepôt d’un musée des arts ménagers. Et encore, les femmes de l’époque connaissaient déjà le robot-aspirateur. J’imagine que frotter à la force des bras fait partie de la punition. – T’inquiète, on va t’apprendre à t’en servir. La blonde aux cheveux filasse suce le manche d’une balayette comme elle l’aurait fait d’une bite, ma stupeur la fait jubiler tandis que Laval, le dos tourné, coche la liste du matériel à emprunter. Une terrible envie d’enfoncer le gode improvisé dans la gorge de cette conne jusqu’à ce qu’elle s’étouffe me démange. À peine arrivée, je suis à deux doigts de passer devant le conseil de discipline. Le tribunal ensuite ? Non, pas question de prendre du rab, si bagarre il doit y avoir, les coups ne viendront pas de moi. – Ça ne doit pas être compliqué, tu y arrives bien. Une chape de silence s’abat dans le local, la remarque a porté. D’accord ! Ma grande gueule me perd encore une fois, je viens d’échanger le conseil de discipline contre un séjour à l’infirmerie. Laval ...