1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 2


    Datte: 17/08/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    ... point de ne plus savoir où me planquer. Pauline Laval, 36 ans, condamnée à trente ans pour le braquage d’un fourgon blindé, rien que ça, elle n’a pas hésité à tirer sur les convoyeurs, alors les juges ont retenu la tentative de meurtre. Me mettre à dos la tête brulée du bloc A peut être lourd de conséquence, c’est ça ou accepter de devenir son jouet sexuel jusqu’à ce qu’elle se lasse.
    
    – Je suis inscrite à la bibliothèque, tu me diras les bouquins qui t’intéressent.
    
    La raison d’un tel cadeau m’échappe. Christelle cherche à se faire pardonner son attitude déplacée de la veille ou à obtenir davantage de moi ? Je préfère m’accrocher à la première option.
    
    – Ne te fais aucune illusion, les matonnes sauraient tout de suite que je t’en prête un, je vais devoir te faire la lecture à haute voix.
    
    – Comment ça ?
    
    – T’as pas remarqué ? La cellule est truffée de caméras, mais il n’y a pas le son, les pauvres deviendraient folles à vouloir écouter toutes les conversations en même temps.
    
    L’impression d’un coup de chaud me donne envie de m’asseoir, je me raccroche au grillage sous l’œil attentif de la gardienne. Qu’elle aille se faire foutre avec sa bande de vicieuses ! Seules des détraquées peuvent mater des femmes en permanence sous la douche ou aux toilettes ; dire qu’on leur file un salaire, quelle honte.
    
    – Alors hier soir...
    
    Le sourire complice de Christelle calme les remontées acides de mon estomac, moins les coups de butoir dans mon cerveau.
    
    – Ça ...
    ... devrait te rassurer, on me mettrait au mitard avant que j’aie réussi à te violer. Tu peux dormir tranquille, ce n’est pas dans ma nature.
    
    Une clameur soudaine annonce la sortie des ateliers, les détenues se mettent sur cinq rangs devant la grande porte du réfectoire. Je décide de voir le verre à moitié plein, un accès à la bibliothèque par personne interposée, c’est mieux que rien.
    
    Le nettoyage du réfectoire m’occupe l’esprit en début d’après-midi, j’aurais voulu que ça dure ; malheureusement, passer la serpillère n’occupe bientôt plus que mes mains. La matonne semble se désintéresser de nous, elle papote avec une collègue devant un coca dont j’ai peur d’oublier la délicieuse saveur sucrée. Pauline Laval a repris son manège interrompu en fin de matinée sous l’œil réprobateur de Gaëlle, la blonde aux cheveux filasse. Sa jalousie aurait pu prêter à rire en d’autres circonstances, là, je me sens coincée entre le marteau et l’enclume.
    
    Cat, la quatrième, se contente de suivre de loin le mouvement imprimé par le reste du groupe ; qu’une nana sans caractère se retrouve dans les emmerdes n’a rien d’étonnant, elle a dû s’enticher du mauvais mec dans une autre vie, la voici désormais sous la coupe d’une femme de tête qui se régale à lui donner des ordres. J’éprouverais presque de la pitié pour cette empotée si elle se décidait enfin à nous donner un coup de main au lieu de s’offrir une sieste en appui sur son balai brosse ; plus vite le boulot sera terminé, moins durera ce ...
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