1. Chroniques pénitentiaires d'une rebelle 2


    Datte: 17/08/2022, Catégories: Entre-nous, Les femmes, Auteur: Sappho, Source: Hds

    2 Au travail
    
    L’ouverture silencieuse de la porte me surprend debout au pied de la couchette, mal réveillée mais réveillée quand même. Ma codétenue retrouve sa froideur naturelle, elle a eu la bonté de me secouer cinq minutes plus tôt, le temps d’ouvrir mon esprit à l’idée d’une nouvelle journée en taule, ma première au pénitencier. Le... son comportement de la veille lui est sorti de l’esprit. Quelle chance ! C’est quoi la prochaine étape ? Mieux vaut ne pas y penser. Deux détenues ramassent les draps roulés en boule, les culottes et les socquettes, quelle corvée de merde !
    
    – Ça va, Marvault ? Bien dormi ?
    
    Le sourire narquois de la matonne montre qu’elle connaît déjà la réponse, poser la question lui permet d’appuyer là où ça fait mal. J’ai sans doute passé la pire nuit de ma vie, craignant de fermer les yeux, en proie aux cauchemars, dans l’attente d’une visite de Christelle. Heureusement, elle a eu la décence de rester sage sur son pieu. Les nanas posent le linge propre du jour sur la table, le visage fermé. L’humour vaseux de la surveillante les laisse froide, ou mieux vaut éviter une réaction. Cette dernière a ouvert un placard à balai planqué dans la cloison.
    
    – Magnez-vous, rassemblement dans 25 minutes.
    
    Le verrouillage de la porte m’arrache un soupir de soulagement, ma codétenue prend aussitôt les choses en main.
    
    – Si t’es adepte de la douche du matin, c’est le moment, je m’occupe du ménage. Tu feras ton lit en rentrant du boulot.
    
    Je rêve ou on ...
    ... distinguerait de la considération dans la voix de Christelle, presque de la gentillesse ? Son attitude se veut rassurante. Le statut particulier doit l’obliger à se conduire différemment en public.
    
    – Je me lave les dents et c’est bon, je viens t’aider.
    
    – D’accord. On partage le lavabo, puis je m’occupe de la salle de bain. Toi, tu fais la piaule, un coup de balai suffira.
    
    On n’a guère eu le loisir de salir.
    
    Le réfectoire sonne creux au petit-déjeuner à 7 heures, les cent-cinquante détenues du bloc A viennent par roulement, suivant le poste de travail ; d’abord les cuisines, puis le service d’entretien, enfin les ateliers. On est cinq réparties à une table prévue pour vingt. Je m’installe en face de Christelle, ignorante des regards. Les flics représentent l’ennemi héréditaire, pire que les matonnes, certaines seraient prêtes à n’importe quoi pour laver l’affront de l’arrestation. Le hasard ou la malchance a voulu que ma codétenue soit de l’autre camp malgré sa condition semblable à la nôtre.
    
    Pourra-t-elle vraiment me protéger ? Contre qui ? Le système carcéral a été repensé afin de limiter les violences physiques, y mettre fin relève de l’utopie pure et simple, la nature humaine se trouve toujours des excuses ; sinon, la prison ne servirait à rien. En fait, à commencer par la conception des locaux, tout est orienté vers la productivité, les bagarres sont mauvaises pour les affaires, ici comme ailleurs. Une détenue à l’isolement ou à l’infirmerie représente un ...
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