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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... bicyclette grinçante et prit la direction du village. Quelques instants plus tard, la brise légère apporta le tintement lointain d’une cloche. Keine Arbeit, mais je ne vais pas tourner en rond toute la journée, se dit Jean. Il contempla de nouveau son œuvre, assez satisfait de lui, et pensa à l’une des clés de la réussite, l’arrosage. Si le puits fournissait l’eau nécessaire, elle lui parut cependant trop froide, il en savait quelque chose. Il roula jusque dans un coin du jardin un vieux bidon qu’il avait repéré et entreprit de le remplir avec des seaux tirés du puits. L’eau y prendrait une température plus tempérée et plus égale à celle de la terre de surface. Le remplissage effectué et le bas du pantalon bien mouillé, Jean continua de tuer le temps en grattant les herbes folles qui poussaient çà et là dans la cour pavée, décapant également le passage entre la route et le portail. La « Fraulein » le trouva en train de balayer ses déchets et lancer quelques seaux d’eau sur le pavage. Elle eut un grand sourire approbateur qui, joint au geste élégant avec lequel elle retira son fichu, renforça puissamment le charme qu’il avait déjà remarqué. Elle l’invita à entrer dans la cuisine à sa suite. Elle lui présenta une bouteille de vin du Rhin, couverte d’une belle étiquette celle-ci, et en remplit deux verres. — Mein Mann ist in Polen, soupira-t-elle… Nicht gut ! (Mon mari est en Pologne, pas bon!) Jean goûtait son verre qu’il trouva très bon, bien qu’il préférât le ...
... vin rouge. Elle buvait à petites gorgées, et ses lèvres sur le verre le troublaient. Il émanait soudain de cette femme, qu’il n’avait encore jamais vue boire, une sensualité intense. Elle se leva en prenant une profonde inspiration et quitta sa veste en murmurant : — Krieg… Krieg… Krieg…(La guerre, la guerre, la guerre) Jean voulut abonder dans son sens et tenta un bout de phrase : — Krieg ist nicht gut für alle. (La guerre est mauvaise pour tout le monde.) Elle lui fit un sourire triste et installa leurs assiettes. Elle sortit une terrine d’un pâté qu’il n’identifia pas, mais très bon, et ils eurent chacun une patte arrière de lapin qu’elle avait réservée, avec des pommes de terre, bien sûr. La surprise du jour était un gâteau, sorte de brioche très sucrée avec des fruits confits, en guise de dessert étouffant, qui fit boire beaucoup. Fut-ce à cause de cela, mais l’atmosphère était soudain devenue conviviale, presque gaie, malgré les souffrances respectives. L’après-midi se prolongea par des échanges linguistiques et les apprentissages réciproques : une table – ein Tisch, une chaise – ein Stuhl, la porte – die Tür, ouvre la porte – macht die Tür auf, ferme la porte – macht die Tür zu… Il y eut beaucoup de rires, de mimiques, de « nein », de « ja ». Puis Jean s’excusa et dut aller satisfaire un besoin pressant. Le retour fut pire encore : « Mama, ich möchte gern lulu », il comprit vite comment les enfants allemands demandaient à faire pipi ! Ils s’amusèrent encore ...