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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... d’allumettes. Il s’emplit les poumons de cette drogue trop rare et souffla longuement, faisant des volutes bleutées dans les rais de soleil. La femme le regardait, le visage posé dans le creux de ses mains, accoudée sur la table, un sourire lointain aux lèvres. Ses narines frémissaient, humant l’air enfumé, lui rappelant de lointains souvenirs d’un mari aujourd’hui loin d’ici. Il en aurait bien roulé une deuxième, histoire de rattraper le temps perdu, mais elle alla ranger le pot, le serrant affectueusement contre elle. Alors il retourna travailler et bêcha, bêcha tout l’après-midi. Non seulement il bêcha, mais il roula plusieurs brouettes d’un tas de vieux fumier bien décomposé, trouvé à l’arrière de l’étable, un miracle pour un jardin. Il rapporta également deux brouettes de fumier de lapins, très puissant et chauffant, excellent pour les châssis et la germination des graines. En retour, il transportait des brouettes d’herbe arrachée dans la basse-cour, provoquant à chaque fois un joyeux pugilat de volatiles. Même programme le lendemain, malgré son dos déjà bien fatigué et douloureux. Quand la terre fut prête, dans ce grand enclos d’environ vingt mètres par trente, il sollicita la Fraulein pour savoir ce qu’il devait semer. Elle l’emmena dans le grenier d’une petite remise, frais, sombre et sec, où trônait un grand meuble à tiroirs multiples, probablement récupéré chez un herboriste. Chaque tiroir, hélas étiqueté en allemand, mais ce n’était pas surprenant, contenait ...
... des stocks de graines récupérées au fil des années et des récoltes. Certaines étaient facilement identifiables, haricots, petits pois… d’autres beaucoup moins comme les minuscules plombs des graines de salades ou de carottes. Elle fit son choix et définit les zones d’importance sur le terrain. À la fin de cette première semaine de travail forcé, le jardin était net et ensemencé, la « Madameuh » était contente. Le lendemain matin, en déverrouillant la grange, elle déclara : — Sonntag, keine Arbeit ! (Dimanche, pas de travail!) Au « petit » déjeuner, toujours aussi copieux, il la vit revêtue d’une robe de cretonne plutôt seyante, dont la ceinture mettait pour une fois en relief un postérieur rebondi et haut placé, une poitrine respectable sans être opulente et qui semblait avoir l’avantage d’une bonne tenue. Le bas de la jambe était fin, le pied bien cambré dans des ballerines de cuir noir. La chevelure sombre était pour une fois découverte, retenue par un petit chignon ce qui lui donnait un profil fort harmonieux. Il lui trouva beaucoup de charme et tenta un compliment : — Sie sind schön… (Vous êtes belle…) Elle haussa les épaules, joignit les mains et fit un signe de croix. Ah oui, elle allait à la messe. — Kommst du mit mir ? (tu viens avec moi?) — Danke… Nein. (Merci… Non.) La réponse de Jean ne suscita aucune réaction. Elle prit une veste, noua un fichu sur sa tête, le mit dehors et ferma la porte à double tour. Puis elle sortit de la grange une vieille ...