1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... de crocs. Il valait mieux l’avoir pour ami. Il alla jusqu’au puits, trouva le morceau de savon brun et un torchon propre et se fit une rapide toilette torse nu. La température de l’eau était un bon moyen de se réveiller complètement. La porte de la maison s’ouvrit alors sur une brève invitation :
    
    — Komm ! (Viens!)
    
    Chouette ! Un bon café et au boulot. En fait, c’est une tout autre odeur qui l’accueillit, plus lourde et plus grasse. Une assiette l’attendait avec trois œufs ramassés la veille et un morceau de lard de poitrine grillé. Pas de tasse, pas de bol (c’était le cas de le dire), mais un verre et la bouteille de vin entamée la veille. Il dut se forcer un peu au début, son estomac n’étant pas habitué à un tel traitement, puis l’appétit vint en mangeant. Et si c’était le seul repas de la journée, il valait mieux en profiter. Il remercia et déclara « garten », indiquant qu’il allait jardiner. Grâce à la visite de la veille, il trouva tous les outils nécessaires et se mit à défricher. Rapidement, les anciennes allées réapparurent, des rangées de fruitiers en espaliers le long du mur au sud, même des châssis, ces petites serres basses servant à faire des plants à partir de graines. Il piocha, arracha, racla le sol jusqu’au zénith et jusqu’à épuisement. Il avait accumulé une montagne de déchets végétaux au milieu d’un jardin qui avait repris un aspect presque normal, il n’y manquait plus que des plantations. Oui, mais encore fallait-il le bêcher. Il eut un bref ...
    ... instant de découragement. Mais la « Madameuh » arriva et battit des mains :
    
    — Schön ! Wunderbar ! Essen ? (Joli ! Magnifique ! Manger ?)
    
    Manger ? Oui, pourquoi pas, bientôt sept heures que le copieux petit déjeuner était dépensé. Au programme, c’était du lapin, mais bouilli et toujours avec des kartofelen. Ah ! Où étaient les culs de lapins à la moutarde de sa maman, les civets aux petits champignons ou les lapins farcis d’avant-guerre ? Juste un petit regret, mais il ne se plaignait pas. Deux fois de la viande dans la journée, quelle aubaine ! Il aurait également préféré du vin rouge, mais… il but une bonne rasade de blanc. Elle lui proposa même un schnaps, qu’il refusa. Timidement, il suggéra « café » ?
    
    — Kaffee ? Ach nein, kein kaffee… (café non, pas de café)
    
    Elle semblait vraiment et sincèrement désolée. Encore un coup de la guerre. Soudain elle bondit et courut dans une pièce voisine, revenant un instant plus tard avec un gros pot de terre cuite décorée qu’elle lui tendit. Il ouvrit avec difficulté le couvercle coincé par un boudin de caoutchouc, découvrant une belle réserve de tabac brun sur laquelle était posé un étui de papier à cigarette. Nom de nom, ce que ça sentait bon. Il se confondit en remerciements, tirant à nouveau un sourire de la « Madameuh » qui n’était vraiment pas laide, loin de là. Il roula sa cibiche avec attention et délectation anticipée. Quand le cylindre fut terminé, il referma soigneusement le trésor, elle lui passa une grosse boîte ...
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