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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... s’éclaira d’un léger sourire répondant à celui, éclatant, du jeune homme qui reprit : — Aber, garten, ja. Ich… euh… lernen… und ich, Bauer… (Mais jardin je apprendre et je jardinier) Cette fois elle rit vraiment, lui tapa sur l’épaule en lançant une bordée de « ja ». Elle ne semblait pas trop y croire. Cependant, ce fut à cet instant fugitif que cette femme lui apparut autrement que comme garde-chiourme. Elle était très grande, presque autant que lui, pas blonde du tout comme le voudrait l’image d’Épinal, mais au contraire très brune sous son bonnet de cotonnade blanche, avec une mâchoire carrée et un menton volontaire ainsi que des yeux d’un bleu foncé assez fascinants. Quant au reste, blouse, tablier, gilet et chaussettes ne laissaient rien transparaître de ce grand corps athlétique. Ce rire bref mit un instant l’accent sur la femme. Mais sans plus pour Jean qui ramena ses pensées vers son état de prisonnier au service de cette « Madameuh ». Elle lui montra également les nombreuses autres dépendances, soue, remises diverses, et lui fit visiter son univers privilégié, semblait-il, la basse-cour. Les volailles y étaient nombreuses et diverses : poules et coqs, canards, dindons, oies, pigeons et de nombreux clapiers de lapins. Les bestioles s’égayaient dans une cour fermée entre les murs de la maison, de deux granges dont l’une leur servait d’abri, et un dernier mur percé d’un portillon de bois donnait accès aux champs. Elle en profita pour ramasser quelques œufs ...
... frais, mais certaines femelles couvaient à l’écart. C’est probablement grâce aux importantes capacités de reproduction de ces volailles que la basse-cour était aussi fournie. Formidable usine de recyclage des déchets, Jean comprenait bien que, pour faire de belles volailles, il fallait du grain et que ce grain, il fallait le produire. D’urgence, vu la saison qui s’avançait. Il subodora qu’en réussissant à l’aider de cette manière, il toucherait un point sensible de sa geôlière. Il repassa par la grange au coucher du soleil afin de se préparer une couche à peu près agréable pour dormir, au milieu du foin. Il entendit la porte grincer, eut à peine le temps de se pencher pour entendre : — Gute Nacht ! (Bonne nuit!) La clé tourna dans la serrure, l’enfermant sur sa solitude. Il n’y aurait pas de dîner, il avait bien fait de se remplir la panse. Un petit vasistas lui montra un coin de ciel où les étoiles apparaissaient une à une. Il aurait bien fumé une cigarette, mais ni le foin ni l’absence de tabac ne le lui permettaient. Il s’endormit rapidement en concoctant son programme du lendemain. Le chant du coq le réveilla, c’est alors qu’il prit conscience d’une masse chaude blottie tout contre lui. En tâtant, il comprit que c’était le molosse de la ferme qui, faufilé par un passage dont il avait seul le secret, était venu partager sa chaleur. Cette forme d’adoption lui plut, d’autant que l’animal s’éveillait également, bâillant largement en découvrant une série impressionnante ...