1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... appris, avec TES œufs, TON jambon et les herbes de TON jardin… Je suis trop heureuse !
    — Tu veux bien me garder ? On ne veut plus de moi en France, je suis un traître. Au lieu de me battre, j’ai travaillé pour l’ennemi…
    — Ach, maudite guerre, elle continue à faire le malheur des gens. Mais pour une fois, elle fait mon bonheur !
    
    Ils firent ensemble le tour de la ferme, serrés l’un contre l’autre. Il repéra le travail urgent à faire. Astrid avait fait ce qu’elle pouvait, se concentrant sur les animaux et la basse-cour. Un mois d’herbes folles à retirer au jardin, mais les légumes étaient bien là. Il verrait les champs demain, pour l’heure il y avait d’autres urgences. Ils fermèrent tout soigneusement, volets portes et fenêtres, ce fut bien nécessaire pour étouffer les cris de jouissance d’une Astrid déchaînée.
    
    En 1955, on enterrait un vieux monsieur dans un cimetière des faubourgs de Clermont-Ferrand. La cérémonie allait se terminer lorsqu’un couple se joignit à la file des gens qui allaient rendre un dernier hommage au défunt dans son trou. Elle, longue et mince, portait un tailleur noir et lui un trench-coat gris. Il n’ôta ses lunettes de soleil qu’en approchant de l’épouse du défunt :
    
    — Oh, Jean, mon petit, tu es venu. C’est bien, c’est très bien. Merci mon petit… Bonjour Madame.
    — Je te présente Astrid, mon épouse, maman.
    — Oh, mon dieu, comme je suis… non, je ne peux pas être heureuse aujourd’hui. Mais bienvenue à vous, Madame.
    — Merci, Madame, Jean m’a ...
    ... beaucoup parlé de vous. Et j’ai vécu des moments très tristes, comme vous.
    — Ah bon. Vous venez à la maison et vous y restez, même un peu, quand tout le monde sera parti…
    — Oui, on y dormira même, si tu veux bien. Nous allons te ramener, nous sommes venus en voiture.
    
    Ils la firent monter dans une BMW 335 noire,qui ressemblait un peu à une traction, trouva-t-elle, mais bien plus belle et bien plus confortable, et surtout décapotable !
    
    — Vous en avez de la chance, mes enfants, dit-elle une fois tous les gens venus boire à la santé du défunt parti. Mais que fais-tu donc pour être aussi riche ? Tu es professeur en Allemagne ?
    — Pas du tout, maman, je suis paysan dans la ferme de mon épouse.
    — C’est un peu vrai, Madame, compléta Astrid. Mais c’est un paysan de génie, un fonceur. Il a considérablement développé l’élevage, acheté des terres pas trop cher, juste après la guerre. Nous avons six mille porcs et notre propre abattoir, et presque toute l’Allemagne consomme nos produits.
    — Mon dieu, mon Jean, mais ton beau métier de maître d’école, alors ?
    — Ils voulaient me faire refaire une année d’École Normale, alors non merci. Je préfère élever des animaux que des enfants, car Astrid ne t’a pas parlé des cent soixante vaches laitières et de notre usine de yaourts, de beurre et de mise du lait en bouteilles.
    — Mais c’est incroyable ! Mais qui s’occupe de tout cela en ce moment, alors que vous perdez votre temps avec une vieille femme comme moi ?
    — Ne t’inquiète pas, maman, il ...