1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... bonnes idées. Il n’en était pas vraiment convaincu, prenant cela avant tout pour un compliment de sa bien-aimée, mais ça n’était pas désagréable. Il faut dire qu’ils travaillaient tous deux comme des fous et qu’il était temps de stabiliser les choses, car faire plus sans nouvelle main-d’œuvre eût été impossible.
    
    Vers la mi-juin de l’année 1944, malgré la propagande qui annonçait une victoire imminente du Reich, l’information courut que les alliés avaient débarqué en Normandie, avec des noms de plages inconnues aux consonances américaines. Seuls deux noms retinrent l’attention de Jean : la pointe du Hoc et Sainte-Mère-l’Église. On chercha sur des cartes et ce fut la stupeur. C’était à la fois fou et très gonflé de débarquer sur une distance aussi longue et des plages désertes et sans ports, alors qu’ils étaient attendus vers Calais, au passage le plus étroit.
    
    — C’est ça, s’écria Astrid, c’est tout comme toi. Avoir des idées que les autres n’ont pas. Tu vois, mein Hans, aujourd’hui je crois que nous allons perdre la guerre parce que nous sommes trop rigides et obéissants, nous autres Allemands.
    — Peut-être, répondit Jean songeur. Moi, je pense aux terribles combats en cours, à tous ces soldats morts pour rien, à tous ces bombardements et aux pauvres gens qui sont en dessous, quels qu’ils soient…
    — Tu ne vas pas être neurasthénique à ton tour ?
    — Non, bien sûr. Mais il faut que ça finisse vite.
    — Et tu rentreras chez toi, tu vas me laisser toute seule ?
    — Je ne ...
    ... sais pas, on verra, on n’y est pas encore.
    
    Loin de là, puisqu’il fallut attendre encore toute une année ou presque pour que l’armistice et la reddition de l’Allemagne fussent signés. Ce n’est que quelques semaines plus tard que les bourgmestres firent ordonner aux prisonniers de guerre de monter dans des trains pour rentrer chez eux, sans autre choix possible. Ils se retrouvèrent encore une fois entassés dans des wagons à bestiaux, dans d’immenses trains très lents, tous avec leurs capotes « KG ». Après plusieurs jours, arrêts et départs, sans presque rien à manger et mourant de soif, ils arrivèrent à Paris. Les plus chanceux se retrouvèrent assis dans des wagons de voyageurs, attelés à la hâte quelques kilomètres plus tôt, juste pour la presse. Mais tous débarquèrent sous les huées, les quolibets et les crachats :
    
    — Hou ! Planqués ! Collabos !
    
    Était-ce leur faute si cette guerre avait si mal commencé, s’ils avaient été contraints au travail obligatoire ? Des heures encore pour contrôler à nouveau leurs papiers usagés. Jean avait refusé l’argent que voulait lui donner Astrid, ne se voyant pas revenir en France avec des Deutschemarks. Il voulait prendre un train pour Clermont-Ferrand, mais n’avait pas un centime. Un collègue lui indiqua un bureau où l’on délivrait des billets de retour gratuits, il fit la queue vingt-quatre heures, rongeant les derniers bouts de jambon emportés. À Clermont non plus, personne ne l’attendait. Il avait pris soin de se débarrasser de sa « ...
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