1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... final, ses ennuis de la veille n’étaient pas si graves. C’était certainement la fatigue accumulée qui l’avait conduit à cet état. Elle lui renouvela sa conviction qu’elle en était responsable et lui promit que cela ne se reproduirait plus, qu’elle ferait les efforts pour cela. Il lui conseilla de commencer doucement parce qu’elle était très faible et partit réparer ce qui pouvait l’être, notamment la charrette pour aller au marché, et il soigna la jument qui n’avait qu’un caillou pointu coincé dans un sabot.
    
    — J’irai au marché avec toi, décida-t-elle.
    
    Le jour du marché, vêtue de deuil, elle prit place dans la carriole remplie de denrées. Elle avait pris soin de glisser dans son tablier un petit pot de sucres mouillés de schnaps pour se revigorer en cas de malaise. L’épreuve fut rude, car elle fut l’attraction du jour, et chacun voulut y aller de son réconfort et de ses lamentations en voyant sa tête et sa maigreur. Mais elle surmonta et Jean fit de très belles affaires, tant en ventes qu’en achats. Au retour, il lui intima l’ordre d’aller s’étendre jusqu’au dîner et s’octroya une cigarette. Il avait aussi négocié des plants de tabac, juste pour sa consommation personnelle, qu’il comptait installer au beau milieu d’un champ de maïs, nouvelle culture qu’il voulait lancer pour engraisser cochons et volailles.
    
    Les semaines passèrent et Astrid se requinqua petit à petit, reprenant du poids et des couleurs. Jean redescendit dormir près de sa belle. Leur amour était ...
    ... toujours bien vivant, mais peut-être moins passionné et plus tendre. Ils savaient maintenant qu’ils avaient besoin l’un de l’autre et que chacun pouvait compter sur l’autre. Les moissons furent très bonnes, encore meilleures que l’année précédente, et les réserves furent pleines à craquer, cachette comme cave. Toujours prêt à apprendre et prompt à se diversifier, Jean planta un rang de vigne le long du mur exposé au sud du jardin et de la basse-cour, soixante ceps qui leur fourniraient peut-être, dans trois ou quatre ans, leur consommation personnelle de vin. Quant au blé, il en fit moudre une partie un peu plus importante en farine et construisit un four à pain. Son but était de retrouver le bon goût et la belle texture du pain français, avec sa croûte croustillante et sa mie bien bullée et tendre, produit introuvable en Allemagne.
    
    Si les porcs s’étaient multipliés, ils en avaient une vingtaine et en vendaient chaque année, les bovins également. Ils avaient conservé six vaches laitières et vendaient maintenant du lait, du beurre et des fromages que confectionnait Astrid. Deux jeunes mâles avaient été castrés en bœufs afin de faire un attelage de trait pour remplacer la jument vieillissante, et désormais on venait les voir pour les saillies de leur taureau, bête magnifique de plus de sept cents kilos. Quand Astrid fit les comptes en fin d’année, elle déclara que jamais, même avant la guerre, la ferme n’avait autant rapporté, et que tout le mérite en revenait à Jean et à ses ...
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