-
39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... donner toutes les raisons de revenir à la vie, en vain. Il lui lisait de grands auteurs français parlant de la mort, tentant de relativiser sinon banaliser le fait et surmonter la douleur, sans résultat. Il était découragé. Et puis vint un jour où tout allait mal, ça arrive parfois. Un renard s’était introduit dans la basse-cour, sûrement par le portillon du jardin mal fermé, et avait fait un carnage. La jument boitait. La truie avait mis bas avec quatre petits mort-nés, il n’était pas là pour s’en occuper et tenter de les sauver. Et toujours le même jour, l’une des roues de la charrette avait cassé sur une pierre du chemin parce qu’il allait trop vite, inquiet pour sa belle. Il n’en pouvait plus, était hors de lui et dans une colère noire. Certes, le Français est râleur par nature, mais là il était fou de rage, d’autant que nombre de ces ennuis ne se seraient pas produits en temps normal. Il aurait refermé correctement le portillon, comme à son habitude. Il aurait été là pour la naissance des porcelets et aurait évité au moins trois décès, tous peut-être si c’était la mère qui s’était couchée dessus. Et la carriole et la jument, à un rythme normal, n’auraient aucun dommage. Il rentra, jura, se servit un verre de schnaps et frappa la table à plusieurs reprises. Le bruit et les jurons firent sortir Astrid de sa chambre : — Hans, que se passe-t-il ? — Ce qui se passe ? Tout ! Tu m’entends ? TOUT ! Tout va de travers, je suis tout seul pour tout faire et je n’y parviens ...
... plus. Et merde ! MERDE ! J’en ai marre… Jean éclata en sanglots et posa sa tête sur ses bras croisés, à bout. Astrid s’approcha, chancelante, et s’agenouilla près de lui, pleurant à son tour : — Oh Hans, mein Hans… Pardon, tout ceci est de ma faute… Elle attendait sans doute une dénégation, qu’il la plaigne à nouveau, comme d’habitude. Mais il était tellement en rage que ce ne fut pas le cas. Il se redressa, s’essuya le visage de la manche et répondit : — Oui, c’est de ta faute ! Ça te sert à quoi de te laisser mourir ? Les morts, on ne peut plus rien pour eux, ni toi ni personne. Il reste les vivants, et c’est pour eux qu’il faut vivre. Mais si tu veux les rejoindre, tiens, voilà la clé du puits. Vas-y, jette-toi dedans et moi je serai sans doute fusillé. Dans tous les cas, je fais mon paquet et je pars demain. Je n’y arrive plus, c’est trop pour moi. Trop de travail. Trop de te voir mourir à petit feu. Regarde-toi, tu n’es plus qu’un fantôme. Où est-elle la femme que j’aimais ? Ce fut comme un électrochoc. Astrid repoussa la clé tendue, secoua la tête et se releva. — Tu as raison, Hans meine liebe. Je dois sortir de tout ça et vivre au moins pour toi. Fais-moi à manger, s’il te plaît. Elle alla se laver, il prépara une soupe chaude chargée de lard et de légumes. Elle mangea, assez peu, mais bien plus que ces derniers jours. Le lendemain matin, quand il descendit de sa chambre de l’étage, c’est elle qui avait préparé le petit déjeuner. Il s’excusa, car au ...