1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... du taureau, etc.
    — Tu es fou jean, on ne va tout de même pas donner notre richesse !
    — Mais si ma belle, soyons solidaires contre la bêtise. Je préfère donner ces gorets aux amis, plutôt qu’à l’armée. Et puis quand ils se retrouveront avec cinquante cochons à l’Hôtel de Ville, « effort de guerre », ils seront bien embêtés !
    
    Elle rit, ce que voulait Jean, elle le voulait aussi. Et puis elle admirait cet esprit français, vif, détectant toujours la faille, contestataire, prenant les gens à leur propre jeu. Les voisins furent heureux, ne sachant que faire pour les remercier. Mais à chaque fois, Jean insistait lourdement sur son message : faites-les reproduire et donnez des couples à votre famille, vos amis, qu’ils en fassent autant. Si bien qu’en quelques mois, toute la population du coin se sentit mieux, à l’abri d’un manque de nourriture. D’autant que le porc était pratiquement l’aliment de base dans ce pays, avec les pommes de terre bien sûr.
    
    Tout semblait si merveilleux, ou presque. Hélas, le bourgmestre et le pasteur vinrent une nouvelle fois faire tinter la cloche du portail. Cette fois, plus d’erreur possible, avant même qu’ils n’entrent Astrid tomba dans les pommes. Le bateau de son fils avait été touché par deux torpilles et avait coulé à pic, sans survivants. La pauvre mère tomba dans une langueur que l’on appelle aujourd’hui dépression nerveuse et ne put assister ni à la cérémonie ni à l’office dédiés au jeune homme. Il faut dire qu’ils en avaient du travail, ...
    ... bourgmestre et pasteur : il ne se passait pas de jour sans qu’une nouvelle dramatique ne touchât une famille. On passa très vite de Frau Grüber à d’autres, l’oubliant dans sa ferme isolée avec pour seuls compagnons son chien et son prisonnier. Jean redoubla de tout : de soins, d’attention, de travail également, car Astrid n’était plus capable de faire quoi que ce soit et passait souvent ses journées couchée, à pleurer toutes les larmes de son joli corps.
    
    Levé dès cinq heures, couché à vingt-trois, le jeune homme essayait de tout assurer. Son travail à la ferme, la cuisine, la lessive, la basse-cour… Il demanda même une autorisation au bourgmestre pour venir vendre au marché. On lui accorda volontiers, notamment grâce au bien qu’il avait fait à la communauté avec ses cochons, à condition que son étal porte en gros la pancarte « Frau Grüber ». On se pressait pour lui demander des nouvelles d’Astrid, on en profitait pour faire un geste pour la mère veuve doublement éplorée. Si bien que Jean faisait des affaires excellentes, des profits records.
    
    Il tenta de lui acheter des vêtements, des douceurs, sans résultat. Il la trouva un jour en rentrant penchée au bord du puits, le regard perdu dans ce trou noir. Bien sûr, l’eau, son fils noyé, elle avait envie de le rejoindre. Il construisit donc une plaque articulée avec une fermeture dont il gardait la clé et condamna l’ouverture du puits. Les discussions avec Astrid étaient devenues des monologues, dans lesquels il tentait de lui ...
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