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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... l’abri des regards. Cela la rendit à la fois plus tranquille et plus libre. Elle osait plus souvent se promener nue dans la maison et, un jour d’été après une sieste fort crapuleuse, elle osa accompagner Jean qui avait choisi de faire quelques ablutions avec l’eau du puits. Ils jouèrent comme des gamins au bord d’une rivière, se poursuivant et s’aspergeant, suffocant lorsqu’ils étaient frappés par l’eau glacée. Bientôt cependant, la guerre les rattrapa. Certaines nuits, des grondements sourds parvenaient jusqu’à la ferme et, par les fenêtres de l’étage et par temps clair, on pouvait apercevoir au loin des rougeoiements dans le ciel. L’aviation alliée bombardait des sites stratégiques dans un premier temps, comme des usines d’armement, puis des villes tout entières par la suite. Astrid était inquiète pour son fils dont elle n’avait plus reçu aucun courrier depuis plusieurs mois. Cependant la vie continuait et, dans le cas peu probable d’un bombardement plus proche, ils avaient confiance dans l’abri que procurait la solide cave voûtée. Les récoltes de blé, d’orge, d’avoine également et surtout de pommes de terre furent enfin très bonnes. — Tu es un vrai paysan maintenant, complimenta Astrid en bon français. Elle avait fait de grands progrès et se délectait en lisant quelques ouvrages de la bibliothèque de son père, avec l’aide de son amant qui lui expliquait patiemment le sens des mots ou des tournures qu’elle ne comprenait pas. De son côté, Jean comprenait et parlait ...
... l’allemand couramment, hormis quelques tournures locales et triviales, avec même un peu de l’accent régional. Ils achetèrent à nouveau des cochons, beaucoup plus tôt, beaucoup plus petits et beaucoup moins chers. Mais il y en avait trois, une femelle et deux mâles, de quoi commencer un nouvel élevage. Quand les bestioles eurent quelques mois et furent assez dodues, Jean souhaita en sacrifier un pour s’essayer seul cette fois à la découpe. La réussite fut au rendez-vous, malgré quelques erreurs et hésitations. Et puis un porcelet de soixante kilos demandait beaucoup moins de travail qu’un cochon de cent cinquante. Tous les deux étaient fiers de cette autonomie conquise, et on continua d’engraisser les deux autres. À maturité, ils firent saillir la femelle par le mâle, une expérience assez décevante : un coït très rapide, un pénis très fin, rien de l’impression fantastique que procure un taureau ou un cheval. En revanche, quelle productivité ! C’est à huit porcelets que la femelle donna le jour la première fois, douze la seconde fois dans l’année. Vingt porcelets en un an ! Jean n’en revenait pas et s’en confia à Astrid : — Les militaires sont des abrutis. Ils laissaient un couple dans chaque ferme, ils auraient aujourd’hui des milliers de porcs à abattre au lieu de manger de vieux chevaux de trait. Il faut être plus intelligent qu’eux. Je vais constituer des couples et, dès qu’ils seront sevrés, tu iras les distribuer chez nos amis, le producteur de tabac, le propriétaire ...