1. 39-45 : Travail obligatoire


    Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe

    ... redescendit les conserves à la cave, remporta les volailles dans la basse-cour et relâcha les autres. La grosse citrouille et le piano attendraient le retour de Jean. Le jeune homme, toujours caché derrière son arbre, attendait que le soir tombe pour rentrer. Il avait bien entendu les véhicules repartir, mais, sans jumelles, il n’avait pas vraiment compris ce qui se passait et se méfiait. Du petit tertre où il était, le corps de ferme ressemblait presque à une forteresse, avec ses hauts murs de pierre grise et le peu d’ouvertures vers l’extérieur. Il revint doucement, faisant le moins de bruit possible, caressant les veaux pour les calmer, faisant une halte d’observation derrière chaque haie. Lorsqu’il atteignit l’étable et que les veaux purent aller téter, il faisait fin nuit.
    
    — Ah ! Hans meine Liebe, j’étais inquiète, où étais-tu ?
    
    Ils se narrèrent leurs aventures respectives, Jean fondit d’admiration pour sa bien-aimée qui les avait sauvés et Astrid suça les égratignures de son chéri pour les soigner. Il roula la citrouille à la cave et remit péniblement le piano en place. Tous deux s’endormirent en se cajolant.
    
    Le jardin commença à produire assez tôt, les stocks de l’année précédente étaient largement excédentaires, ce qui permit à Astrid de commencer à vendre des légumes sur le marché, avec quelques volailles. Cela lui procura l’avantage de pouvoir acheter du pain et du tabac pour Jean qui raffolait des deux. L’inconvénient, ils le vécurent un matin en ...
    ... découvrant que leur jardin avait été « visité », et que quelques malandrins avaient pillé des légumes et abîmé d’autres en opérant de nuit. La « forteresse » qui était apparue à Jean n’était pas inviolable, notamment parce que le mur entourant le jardin sur trois faces ne mesurait qu’environ un mètre cinquante. Il décida de faire quelques travaux et Astrid dut effectuer des dépenses imprévues de poteaux métalliques, barbelés et ciment. Jean surmonta le mur de trois rangées de barbelés acérés qu’il prolongea jusqu’aux murs de la basse-cour. Il couvrit également le dessus des murs d’une couche de ciment fixant des tessons de verre, vieilles bouteilles cassées récupérées. Il compléta son travail en remettant en service le portail d’entrée de la ferme, passablement rouillé et coincé dans les herbes par des années d’inactivité. Il le redressa, le graissa, le repeignit et trouva une chaîne et un cadenas de belle taille pour le fermer. Cet imposant barrage ralentirait également d’éventuelles intrusions de l’armée, permettant de se préparer à leur pillage.
    
    En fait, l’armée ne vint plus jamais dans leur ferme ni dans les fermes voisines, tous les soldats étaient mobilisés sur les fronts à partir de 1943. L’effort de guerre restait obligatoire, il fallait porter soi-même sa contribution à l’Hôtel de Ville. Inutile de préciser que la collecte fut limitée.
    
    Ces travaux eurent une conséquence inattendue sur le comportement d’Astrid. Sans doute se sentit-elle mieux protégée, encore plus à ...
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