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39-45 : Travail obligatoire
Datte: 28/06/2022, Catégories: fh, fplusag, campagne, amour, init, rencontre, Auteur: Roy Suffer, Source: Revebebe
... changée et portait sa robe noire de deuil sous son tablier immaculé. Rapidement, les hommes de troupe revinrent avec la vieille jument et la vache, confiées à la surveillance de l’un d’eux, et poursuivirent leurs investigations dans la cave et le poulailler. Le petit chef s’agaça : — C’est tout ce que vous avez ? Vous cachez des choses. — Vous m’avez déjà tout pris l’an passé. — Et la vache, elle a du lait. Où est le veau ? — Donné pour payer la saillie, c’est la coutume par ici. — Pas de réserves de nourriture ? — Si, vous les avez toutes… — Vous mentez ! Les quelques biens récoltés constituaient un maigre butin, alors le sous-fifre vociféra et leur hurla de chercher mieux et partout. Ils durent pousser la femme de côté pour entrer dans la maison. Quelques instants plus tard, une goutte fit déborder le vase. On entendit quelques mains inexpertes plaquées sur le clavier du piano qu’ils commencèrent à déplacer pour l’emmener. — Ça permettra de distraire les troupes, était l’argument de l’aboyeur. Toucher au piano de papa, le voir emmener et bringuebalé par ces rustres et finir dans un bordel militaire, jamais ! — Monsieur l’officier ! Monsieur l’officier, dut-elle hurler avant que le gros lard ne se bouge et descende de voiture. — Petite Madame, que puis-je pour vous, demanda-t-il mielleux. Je sais que tout cela n’est pas très agréable, mais c’est l’effort de guerre. — Monsieur, l’effort de guerre n’interdit pas le respect. Savez-vous où vous êtes et qui ...
... vous êtes en train de piller ? Je suis Frau Grüber, épouse de Herr Herbert Grüber, mort à la bataille de Smolensk et décoré de la croix de guerre à titre posthume. Ce piano que vous voulez emporter appartenait à Herr Friedrich Köhler, héros de la Première Guerre mondiale et mort en servant son pays. Mon fils, Peter Grüber, leur fils et petit-fils, sert le Reich dans la marine sur un navire de la mer du Nord. Vous voulez spolier la mémoire d’un héros de l’Allemagne, vous voulez priver une veuve de guerre de ses moyens de survie, car sans l’unique cheval et l’unique vache qui me restent, vous me condamnez à mourir de faim. Feriez-vous la guerre à votre peuple et à vos propres soldats ? Au mot « héros de guerre », l’obèse avait claqué les talons. Quand Astrid avait montré du doigt le portrait de son défunt mari, habilement disposé sur le buffet avec la croix de guerre dans un coin du cadre, il avait quitté sa casquette. D’une voix grasse, il lâcha comme un crachat : — En voiture, on s’en va. Fraulein, Auf Wiedersehen. Astrid ne bougea que lorsque le bruit des moteurs fut devenu inaudible. Elle tremblait des pieds à la tête, autant de colère, de rage que de peur, car l’œil jaunâtre du gros libidineux lui avait fait froid dans le dos. Un instant elle s’était dit :ça y est, moi aussi je vais accompagner le piano dans un bordel du front. Elle sortit une bouteille de Schnaps bien cachée, s’assit et en but une rasade. Ayant repris ses esprits, elle ramena les bêtes à l’abri, ...